Maître armailli - Jacques Murith |
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Accroché à flanc d'alpage, le chalet de
Jacques Murith séduirait les touristes par son authenticité. Derrière sa
façade patinée par les ans, se cache un univers magique, comme une carte
postale de l'ancien temps. La chaudière tourne, le feu crépite, une fumée
noire et âcre envahit l'espace. Ici, on perpétue les traditions. Le
fromage est fabriqué de la même manière qu'au siècle dernier, avec les
mêmes ustensiles: presses pour comprimer le caillé dans des moules de
bois, chaudrons qui servent encore aujourd'hui à préparer les cultures sur
le feu de bois, ainsi que le café et les repas. Seul le lait a changé;
plus délicat de nos jours, il donne sans doute un goût légèrement moins
fort au fromage.
Jacques a vu défiler un demi-siècle de travaux paysans, dont trente-sept années à l'alpage. "Plus qu'une passion, c'est un métier au quotidien." nous confie-t-il. Effectivement, au-delà de l'image folklorique que l'on a des armaillis, c'est un métier vraiment rude et éprouvant physiquement. Entre la traite des vaches à 5 heures du matin, puis le fromage à l'alpage et, quand c'est nécessaire, le travail à la ferme l'après-midi, Jacques travaille au minimum to à 15 heures par jour, en début de saison, sept jours sur sept. Alors que Jacques a repris naturellement
l'exploitation de son père, l'histoire de son épouse est toute
différente. originaire du sud de la France, Éliane est arrivée voici
vingt ans à Gruyères. Elle était conseillère de séjour pour une agence
de voyage. C'est en visitant les montagnes pour montrer la richesse de la
région aux touristes qu'elle a rencontré Jacques. Au début, elle a
continué son travail, puis, petit à petit, s'est installée à l'alpage. Éliane Ces dernières années, la situation économique est devenue de plus en plus précaire. Le prix du lait a baissé, mettant en danger le fragile équilibre économique de la ferme. De fait, le fromage d'alpage n'est pas beaucoup plus cher que les autres, surtout si l'on considère le temps nécessaire pour sa fabrication quand on utilise des méthodes traditionnelles. De plus, avec les événements liés à la vache folle, le prix du bétail a chuté, rendant l'élevage de veaux plus difficile et moins rentable. "Sans les subventions, affirme tout net Jacques, nous ne pourrions jamais nous en sortir." Pour compléter leurs revenus, les Murith proposent des chambres d'hôte dans leur ferme de Gruyères et des petits déjeuners à l'alpage. Ils vendent aussi leur propre production de fromage. A l'avenir, ils envisagent de développer les chambres d'hôte. Cela permettrait à Éliane de rester à la ferme avec les enfants pour faner et s'occuper des hôtes, et ils engageraient un aide fromager Pour seconder leurs enfants à reprendre le
flambeau. Ils préfèrent tout d'abord qu'ils apprennent un autre métier,
puis, s'ils ont vraiment envie de reprendre la ferme et l'alpage, ils seront
très heureux de les y aider. Mais Jacques n'est pas très optimiste pour l'avenir du métier: "Les armaillis vont disparaître. Les jeunes n'ont pas envie de se lancer: on travaille beaucoup pour un salaire modeste, c'est difficile à concilier avec une vie de famille et la vie à l'alpage est loin du confort moderne auquel on est habitué." |
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Publié avec l'autorisation de la Revue "BCV-Passion". tous droits réservés. |
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