Le cor des Alpes en Suisse:
origine et historique

Que de sourires pour le cor de Alpes! Cet instrument que l'on rencontre partout en Suisse: au bord des lacs alpins pour le bon plaisir des touristes, sur des cartes postales et même dans les dessins d'enfants. Le cor des Alpes est devenu non seulement un symbole de l'industrie laitière mais aussi de la Suisse elle-même, équivalent à l'arbalète de Guillaume Tell.
Aussi répandu que soit cet instrument, il est étonnant que son histoire, sa fabrication, son usage ont été peu décrits: relation omise, difficile à reconstituer. Il existe des sources écrites et iconographiques connues et d'autres, sans doute, encore inconnues.

Mosaïque romaine à Boscéaz du 2ème siècle après J.-C.
Le rappel des troupeaux dans les montagnes de la vallée de Gruyère. Lithographie de Bacler d'Albe et G. Engelmann,1818

Prenons comme point de départ la première fête des bergers. Après les troubles politiques de 1798, la ville de Berne se rapproche de sa campagne en invitant à la fête du 17 août 1805 trois mille citadins et campagnard ainsi que des hôtes de toute l'Europe dans la prairie d'Unspunnen, à Interlaken. C'est par cette fête, en effet, que les Bernois ont, d'une part, repris conscience de la nécessité de s'unir, de l'autre, qu'ils ont repris goût aux jeux des bergers: lutter, lever des pierres, jouer du cor des Alpes.

"Zur Ehre des Alphorns" ( A la gloire du cor des Alpes) fut la devise inscrite sur la médaille commémorative. La fête elle-même fut brillante mais, ce que l'eau-forte du miniaturiste F.N. König et la chronique attestent, deux joueurs seulement se produisirent au concours de cor des Alpes et remportèrent sans concurrence les deux prix: deux médailles et deux montons noirs.

En 1808 la fête des bergers fut renouvelée. Quant à la devise, l'on fit bien de remplacer le mot "Alphorn" par patrie "Zur Ehre der Heimat" parce qu'il n'y eut qu'un seul joueur de cor des Alpes à obtenir quelques succès.

L'artiste-peintre König nota dans son journal, en 1814, à l'occasion d'une promenade au canton de Berne: "Vom Alphorn sieht und höret man fast nichts mehr..." En effet, il fut nécessaire que le maire de Berne priât un jeune professeur de musique qui jouait du cor des Alpes comme Ingres de son violon d'enseigner le jeu de cet instrument. Des cours eurent lieu à Grindelwald en 1826 et en 1827; l'artiste-peintre G. Vollmar en fit d'ailleurs un tableau. L'idée de sauver la tradition du cor des Alpes par l'enseignement donna naissance à l'instruction populaire qui ne se fait pas aux académies mais le dimanche après-midi dans les prés et les forêts. La confrérie des joueurs de cor des Alpes compte environs 1500 membres, citadins et campagnards, que s'exercent d'après des mélodies notées souvent dans des conditions difficiles, même dans les caves.

Le cor des Alpes sert non seulement d'instrument de musique, on le porte aussi de nos jours dans presque tous les cortèges suisses comme symbole national. Cette coutume de montrer le cor des Alpes dans les villes est représentée déjà en 1828 au cortège du carnaval de Rheinfelden et se retrouve à partir de 1833 dans les illustrations des fête des vignerons de Vevey.

( Textes Brigitte Geiser :"Das Alphorn in der Schweiz" Verlag Paul Haupt Bern)

La partition du "Ranz des Vaches" pour le cor des Alpes


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