Lyoba

Lyoba (le Ranz des Vaches) :
Hymne du Pays de Gruyère

[Un peu d'histoire] [Quelques mots sur le texte]  [Texte patois et français]  [Lyoba présent et futur]
[Les paroles en patois et en français] [La partition pour le cor des Alpes]

Un peu d'histoire...

On ne connaît ni le compositeur, ni l'origine de cette chanson. La publication du texte et du chant a été effectuée pour la 1ère fois en 1813, par le doyen Bridel, pasteur vaudois. Selon d'autres sources (" Le patois fribourgeois " de Louis Page), le premier qui fit imprimer, en 1710, la musique du Ranz des vaches, fut le professeur bâlois Théodore Zwinger, dans sa curieuse Dissertation sur la Nostalgie. On sait que ce chant existait déjà au 18ème siècle et qu'il était bien connu des Gruériens de l'époque. Les jeunes hommes gruériens embrigadés dans la garde suisse des rois de France, avaient eu la fâcheuse tendance à déserter ou à souffrir du "mal du pays" au son de ce chant.
Il fut donc tout simplement interdit de le chanter à Versailles. La garde suisse était constituée de jeunes et solides paysans gruériens, qu'on avait souvent recruté sur les alpages après les avoir quelque peu enivrés pour mieux leur faire signer leur contrat d'engagement.

Quelques mots sur le texte

L'expression lyoba provient du verbe patois ayôbo, qui signifie appeler le bétail. ayôba (ou yôba) por ario est une phrase signifiant appelle le bétail pour traire. C'est le commandement donné au bouébo, ou à l'armailli de second rang, de ramener le bétail au chalet pour la traite.
La lecture des 19 strophes de ce chant en vaut la peine. On y trouve un épisode de la vie des armaillis d'autrefois. Ils descendent avec le troupeau (la rindya) et les fromages produits sur l'alpage. Bloqués aux "Basses-Eaux", ils ne peuvent passer parce que le terrain est inondé et veulent demander au curé de leur dire une messe. Le dialogue entre l'armailli et le curé est très croustillant. Un Ave Maria sera dit en échange d'un fromage bien gras. Mais le curé ne veut pas que sa jolie servante aille chercher le fromage, car il a peur qu'elle ne veuille plus revenir après avoir rencontré nos deux solides montagnards. tout s'arrange, puisqu'après la prière du curé, le troupeau peut passer. Les refrains (il y a un refrain pair et un refrain impair) nous ramènent aux labeurs quotidiens des armaillis: l'appel du troupeau, constitué de différentes races, pour la traite, suivie de la fabrication du fromage.

Le texte original en patois gruérien et en français

Je remercie Monsieur Albert Bovigny, défenseur actif du patois gruérien, de m'avoir fourni le texte patois. Le patois étant, comme les dialectes suisses-allemands, une langue purement orale, Monsieur Bovigny adopte de manière stricte très définie les accents aigus, graves et circonflexes en fonction de la prononciation. Sans rapport avec le titre patois (Lè j’armayi di Kolonbètè), le titre français est le "Ranz des Vaches". Le mot " ranz " provient de Rank en celtique, Reihen en allemand, soit la marche des vaches.

Lyoba présent et futur

Ce chant traditionnel conserve aujourd'hui encore toute sa vitalité, sa vigueur et le mystère des émotions qu'il suscite chez l'auditeur. Lyoba est également le symbole de la continuité et le point d'orgue de la fameuse Fête des Vignerons à Vevey.
Certains d'entre nous rêvent même secrètement de voir ce chant émouvant accéder au titre de nouvel hymne national ... mais ça, c'est une autre chanson!

 

LES PAROLES

  TITRE DU CHANT EN PATOIS:
Lè j’armayi di Kolonbètè
TITRE DU CHANT EN FRANCAIS:
Le Ranz des Vaches
 

in patê gruvêrin

en français
1 Lè j’armayi di Kolonbètè
Dè bon matin chè chon lèvâ.
Les armaillis des Colombettes
De bon matin se sont levés.
2 Kan chon vinyê i Bachè j’Ivouè
Tsankro lo mè! n’an pu pachâ.
Quand ils sont arrivés aux Basses-Eaux
Le chancre me ronge! Ils n'ont pu passer.
3 Tyè fan no ché mon pouro Piéro?
No no chin pâ mô l’inrinbyâ.
Pauvre Pierre, que faisons-nous ici?
Nous ne sommes pas mal embourbés (ou "empêtrés")
4 Tè fô alâ fiêr a la pouârta,
A la pouârta dè l’inkourâ.
Il te faut aller frapper à la porte,
A la porte du curé.
5 Tyè voli vo ke li dyécho?
A nouthron brâvo l’inkourâ.
Que voulez-vous que je lui dise
A notre brave curé.
6 I fô ke dyéchè ouna mècha
Po ke no l’y pouéchan pachâ.
Il faut qu'il dise une messe
Pour que nous puissions passer
7 L’y è j’elâ fiêr a la pouârta
È l’a de dinche a l’inkourâ:
Il est allé frapperà la porte
Et il a dit ceci au curé:
8 I fô ke vo dyécho ouna mècha
Po ke no l’y puéchan pachâ.
Il faut que vous disiez une messe
Pour que nous puissions passer
9 L’inkourâ li fâ la rèponcha:
Pouro frârè che te vou pachâ,
Le curé lui fit sa réponse:
Pauvre frère, si tu veux passer
10 Tè fô mè bayi ouna motèta
Ma ne tè fô pâ l’èhyorâ.
Il te faut me donner un petit fromage
Mais sans écrémer le lait.
11 Invouyi no vouthra chèrvinta
No li farin on bon pri grâ.
Envoyez-nous votre servante
Nous lui ferons un bon fromage gras.
12 Ma chèrvinta l’è tru galéja
Vo porâ bin la vo vouêrdâ.
Ma servante est trop jolie
Vous pourriez bien la garder
13 N’ôchi pâ pouêre, nouthron prithre,
No n’in chin pâ tan afamâ.
N'ayez pas peur, notre curé
Nous n'en sommes pas si affamés
14 Dè tru molâ* vouthra chèrvinta
Fudrè èpè no konfèchâ.
De trop "moler"* (voir remarque) votre servante
Il faudra bien nous confesser
15 Dè prindre le bin dè l’èlyije
No ne cherin pâ pèrdenâ.
De prendre le bien de l'Eglise
Nous ne serions pas pardonnés
16 Rètouârna t’in mou pouro Piéro
Deri por vo on’Avé Maria.
Retourne-t'en, mon pauvre Pierre
Je dirai pour vous un Ave Maria.
17 Prou bin, prou pri i vo chouèto
Ma vinyi mè chovin trovâ.
Beaucoup de biens et de fromages vous souhaite
Mais venez souvent me trouver.
18 Piéro rèvin i Bâchè j’Ivouè
È to le trin l’a pu pachâ.
Pierre revient aux Basses-Eaux
Et tout le train a pu passer
19 L’y an mè le kiô a la tsoudêre
Ke n’avan pâ la mityi aryâ.
Ils ont mis le kio à la chaudière
Avant d'avoir à moitié trait
R
E
F
R
A
I
N
Redzingon
1-3-5-7-9-11-13-15-17-19:
Lyôba, lyôba, por aryâ (bis).
Vinyidè totè, byantsè, nêre,
Rodzè, mothêlè, dzouvenè ôtrè,
Dèjo chti tsâno, yô vo j’âryo,
Dèjo chti trinbyo, yô i trintso,
Lyôba, lyôba, por aryâ (bis).
Refrain
1-3-5-7-9-11-13-15-17-19:
Lyôba (appel des vaches) pour traire (bis).
Venez toutes, les blanches, les noires,
les rouges, les étoilés sur la tête les jeunes, les autres,
Sous ce chêne où je vous traie,
sous ce tremble où je fabrique le fromage,
Lyôba, lyôba, pour la traite (bis).
R
E
F
R
A
I
N
Redzingon
2-4-6-8-10-12-14-16-18:
Lyôba, lyôba, por aryâ (bis).
Lè chenayirè van lè premirè,
Lè totè nêrè van lè dêrêrè
Lyôba, lyôba, por aryâ (bis).
Refrain
2-4-6-8-10-12-14-16-18:
Lyôba (appel des vaches) pour traire (bis).
Les sonnaillères vont les premières,
Les toutes noires vont les dernières.
Lyôba, lyôba, pour la traite (bis).
  *Molo on cuti signifie aiguiser un couteau. La pression de la meule sur la lame traduit bien, au figuré et de manière "gaillarde", ce que pourraient être les assiduités des armaillis avec la servante du curé, traduites par molo la chervinta.

 

LA PARTITION (POUR LE COR DES ALPES)


Extrait de : Das Alphorn in der Schweiz, Verlag Paul Haupt Bern ISBN 3-258-02363-8 (1976)

Vous voulez en apprendre plus sur le cor des Alpes,ses origines, sa fabrication, son intégration actuelle dans la musique classique?


Google
 
sur le web mondial sur www.lyoba.ch
Lyoba
Copyright© 1996-2013