| Le jeu de mot
est lourd de sens; mardi 11 septembre 2001, le World Trade Center fut
vraiment le "centre mondial de la menace". Quelques
minutes seulement après que le premier avion se soit jeté dans l'une
des deux tours jumelles du WTC, nous étions déjà des millions
devant nos postes de télévision. Une heure plus tard, alors que les
tours s'effondraient à la stupéfaction générale, c'était
probablement plus d'un milliard d'humains, toutes origines et nations
confondues, qui voyaient en direct se dérouler les scènes qui
marqueront les esprits durant plusieurs générations. Il aura fallu 7
ans (de 1966 à 1973) à l'architecte Minoru Kawasaki pour construire
ces deux tours de 420 mètres de haut pourvus de 200 ascenseurs
tractant 1 million de personnes par jour, et moins de 6 secondes
auront suffi pour ensevelir près de 5000 personnes et tout broyer en
fine poussière et en gravats de métal tordu. Le deuil sera d'autant
plus long et douloureux que le dégagement des corps et leur
identification durera de très longs mois, le temps d'évacuer des
centaines de milliers de tonnes de métal de décombres "à la
petite cuillère". Au delà de l'expression de compassion envers
les victimes innocentes de ce drame, quelques jours de recul nous
allèguent l'autorisation de faire un certain nombre d'observations.
Pour la première fois depuis que la télévision existe, elle a
permis à l'humanité de suivre, en temps réel et sans vraie censure,
le drame qui se déroulait. Les télévisions privées, normalement
concurrentes, échangeait leurs images. Les télévisions de
divertissement se calaient simplement sur les grands diffuseurs
d'information. La TSR diffusait images et communiqués aussi
rapidement (voire même plus vite) que CNN et BBC World. Durant les 5
premières heures du drame, il n'y a eu aucun spot, aucune publicité,
aucun flash météo, aucune autre nouvelle. Le record d'audience à
l'échelle planétaire aura au moins eu le mérite d'une prise de
conscience globale.
Durant le même temps, internet a montré ses
limites physiques, la plupart des grands sites d'information sur le
web étant complètement paralysés. Par son principe, internet ne
sera jamais capable de fournir au même moment les mêmes informations
à des millions de personnes. Rappelons que toute information
demandée doit être distribuée par le serveur et acheminée jusque
dans notre PC, alors qu'un émetteur de télévision d'une capacité
d'à peine 1000 watts située à quelque 36 000 km de la terre (sur
l'orbite géostationnaire) suffit pour arroser un cône de 80 millions
de km2 ! Ne négligeons pas non plus l'effet de la simultanéité et
d'émotion collective. Le cœur du monde battait au rythme du pouls américain.
Ce n'est qu'après quelques jours qu'internet aura pu jouer un
rôle majeur en mettant à disposition de l'internaute une foule
d'informations personnalisées et suscitées par l'urgence de la
situation. Vous trouverez dès à présent une couverture complète de
l'événement. Voici quelques sites choisis:
Yahoo France (http://fr.fc.yahoo.com/c/crashwtc.html),
la ville de New York, USA Today,
CNN, le New York Times, le
Washington Post, les news
du Pakistan et de l'Afganistan. Les webcams de
Manhattan sont toutes répertoriées à www.earthcam.com/terrorattack.
Simple anecdote? Aux Etats Unis et dans de nombreux pays, on retire
des rayons le logiciel de simulation de vol "Flight
Simulator" de Microsoft (qui comprend des simulations de
"crise" dans des villes américaines), tandis que des sites
spécialisés dans la simulation de vol comme www.avsim.com, livrent
au FBI les données sur les visiteurs ayant téléchargé les tableaux
de bord et algorithmes de simulation des Boeing 757 et 767.
Puisque le pilotage d'un gros porteur est maintenant à la portée
de (presque) chaque individu et que la neutralisation d'un équipage
est possible avec un "cutter" et un couteau suisse, le crash
volontaire d'un avion de ligne lancé à pleine vitesse sur une
centrale nucléaire et toute autre action de terrorisme sur les
réseaux d'eaux potables font malheureusement partie de scénarios
futurs logiques et vraisemblables.
|