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Article du  10 juin 2003

iTunes Store : la fin du piratage musical ?

Les internautes sont-ils plein de repentir après avoir pillé toutes les œuvres musicales sur Napster, puis sur Kazaa de manière totalement illégale? On pourrait croire que oui, et ceci grâce à Steve Jobs, le patron de la firme Apple. En 15 jours, deux millions de titres ont été téléchargés contre payement sur son site.

Fin avril, Steve Jobs annonce dans une conférence médiatique dont il a le secret, la sortie de iTunes Store, un magasin musical en ligne (www.apple.com/music/store). Il y a placé plus de 200'000 titres, des inédits, de nouveaux albums en avant première. En fait, il s’agit d’un concept stratégique visiblement destiné à booster le marché des MacIntosh. Cela paraît irrationnel et presque incompréhensible, mais ce nouveau marché en ligne est pour l’instant réservé aux seuls possesseurs de Mac. PCistes qui représentez plus du 90% du marché mondial, passez votre chemin et allez voler vos musiques préférées sur des sites illicites! Une version de téléchargement pour Windows est bien prévue pour la fin de l’année, mais même le succès rencontré ne semble pas faire avancer les choses. Pendant ce temps, Apple aura convaincu de nombreux internautes à adopter le paquet «MacIntosh – iTune – iPod », iPod étant un lecteur audio plus petit qu’un paquet de cigarettes et pouvant stocker 7500 titres en format MP3 et AAC (www.apple.com/ipod).

AAC ? C’est justement le nouveau standard qu’utilise iTunes. Standard déjà employé pour l’encodage du son des vidéos Mpeg-4, il compresse mieux et plus intelligemment que le MP3. Il est aussi bourré de verrous de sécurité anti-piratage. Ainsi, chaque téléchargement d’un titre en AAC coûte 0,99 $ et reste indéfiniment propriété de l’acquéreur. Il peut ensuite être copié sur 3 Mac, gravé sur un nombre illimité de CD et transféré sans limite … sur l’iPod, vendu par Apple, évidemment. Et ça marche! Steve Jobs, les majors de la distribution et les ayant droit en sont encore tout émus: en deux semaines d’activité, deux millions de titres ont été achetés par les possesseurs de Mac américains (le shop n’est pour l’instant ouvert qu’à eux). La moitié de ces titres achetés étaient des albums, et non des compilations [lire].

La mayonnaise prend, ce qui n’était pas vraiment le cas de systèmes concurrents, comme Pressplay ou Rhapsody. Ces derniers reposent sur un système d’abonnement-location. En s’affranchissant d’un certain montant mensuel, on peut télécharger et écouter des morceaux, mais l’écoute devient impossible lorsqu’on cesse son abonnement.

Et Kazaa ? Il reste toujours la plus grande plateforme mondiale peer to peer d’échange de fichiers (MP3, mais aussi vidéos, logiciels, etc.). Mais les pièges et les leurres qui sont apparus depuis quelques mois commencent à décourager les internautes (musique en boucle, enregistrements trafiqués, les injures de Madonna). Il y a aussi les suites juridiques qui planent comme une épée de Damoclès sur les utilisateurs frauduleux.

Ça bouge aussi en Suisse. Une Association suisse pour la lutte contre la piraterie s’est créée (www.safe.ch). Elle se déclare parfaitement armée pour traquer les internautes suisses présents sur le réseau Kazaa et iMesh. Pour faire exemple, plainte a été déposée par les majors contre l’un des dizaines de milliers d’utilisateurs suisses. On connaîtra son identité dans quelques semaines. Il risque la prison et une amende salée [lire]. Lorsque la prévention ne suffit pas, la peur du gendarme garde toute son efficacité.

En 2002, la chute de revenus de l’industrie du disque a été de 10%. A Bulle, en peu de temps, deux magasins spécialisés ont fermé leur porte.

 

Auteur: Pierre Schwaller (Pierre.Schwaller@lyoba.ch)

Dernière mise à jour: 10.06.03

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