Journal La Gruyère

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Article du 31 mai 2005

Musique en ligne: faire le bon choix

Acquérir un baladeur, c’est « trend ». Et c’est d’autant plus tentant que certains de ces petits lecteurs principalement orientés vers la lecture de musique sont dotés d’une mémoire leur permettant de stocker jusqu’à 60 Mo de musique pour les plus évolués.

Quelques petits calculs: sur un support de 60 Go, on place environ 12500 titres de musique représentant une moyenne de plus de 1000 albums CD dont le poids pèserait plus de 120 kg (CD et pochette). Ce sont aussi plus de 35 jours d’écoute ininterrompue de musique! On peut comprendre l’attrait suscité par ces discothèques mobiles … et volantes, car dans la plupart des cas, les enregistrements MP3 qu’elles contiennent ont été téléchargés illicitement. Le piratage, pratiqué autrefois sur Napster, puis sur Kazaa et maintenant par la technique des « torrents » s’avère fort tentant à nombre d’internautes.

Acheter des musiques en ligne de manière parfaitement licite est maintenant possible en Suisse depuis quelques jours. Après avoir ouvert un compte personnel dans l’une des nouvelles boutiques en ligne, l’on pourra télécharger pour environ 1 franc cinquante le morceau de son choix, ou pour environ quinze franc l’album complet. Théoriquement et partant de l’hypothèse que chaque internaute n’est pas un voleur né, ces nouvelles possibilités devraient soulager l’industrie du disque en diminuant les actes de piratage musical.

Oui, mais il y a un hic de taille : les leaders du marché en ligne n’ont pas pu s’entendre sur un format mondial standard. Ainsi un lecteur SONY ne pourra pas lire un fichier musical téléchargé sur iTunes, et réciproquement. Autre désagrément, chaque format audio se pare également d’une protection des droits appelée DRM. Et même sur un système de codage identique (par exemple le AAC et le WMA), ces DRM ne seront pas compatibles. Il faut savoir qu’en plus, on ne pourra pas copier à l’infini, d’un PC à un autre, les fichiers pourtant achetés légalement. En fonction des restrictions de droits, il ne sera pas non plus toujours possible de les graver plusieurs fois sur un CD. Tout ceci s’avère donc très compliqué. Essayons d’y voir un peu plus clair.

Le site qui domine actuellement ses concurrents est celui de iTunes. Il faut impérativement  télécharger la version 4.8 pour que l’achat en ligne fonctionne. Vous la trouvez à www.apple.ch. L’accès au magasin en ligne se fait ensuite de manière très intuitive depuis le programme. iTunes revendique plus de 1 million de titres disponibles. La musique sera lisible sur un maximum de 5 ordinateurs Mac ou PC, la gravure sur Cd est illimitée. Pas de limite non plus sur la lecture sur iPod, qui est le nom du baladeur de Apple. Sa synchronisation avec le PC est très simple. Apple possède actuellement 70 pour cent du marché.

Microsoft a sorti son propre magasin en ligne, qu’il dénomme « Microsoft Music Store ». Sont requis le Windows Media Player et le Music Manager. Il suffit de se rendre à www.msn.ch pour découvrir l’offre de MSN, qui revendique 400 000 titres. On peut écouter le morceau durant 30 secondes gratuitement, ou tout le morceau en «streaming» pour 1 centime. Les petits malins auront vite compris comment « voler » un  morceau à si bon marché. Les limitations sont plus sévères que celles de Apple : lecture sur 1 seul ordinateur, gravure sur CD pas toujours garantie, transfert sur baladeur illimité. Mais cela requiert un baladeur compatible WMA et reconnu par le PC, ce qui est loin d’être évident.

Il y a encore SONY, puissant major musical, qui revendique 600 000 titres sur son site www.sony.ch. On se rend sur « Connect » pour accéder à la banque de données musicale. Malheureusement, tout se passe en allemand. Le nombre de copies sur baladeur (walkman pour Sony) est variable d’un titre à l’autre. La lecture, imposée par les maisons de disque) est actuellement limitée à un seul PC.

L’achat de musique en ligne est donc enfin possible en Suisse. Cependant, les trop nombreuses limites de droits et les formats incompatibles entre eux ne vont pas favoriser l’expansion rapide de ces nouveaux marchés. Et finalement, le prix de 15 francs pour un album en qualité audio compressée, donc moins bonne que l’enregistrement CD, sans pochette, sans libretto contenant généralement les paroles et les références de l’album, c’est bien cher payé. Pour 1 à 3 francs de plus, on trouvera le CD original chez un grand distributeur local. Mais, dernier hic, ce CD ne sera plus forcément enregistrable en format MP3, nouvelles limitations obligent.

Et on s’étonne encore que l’internaute pirate de la musique ?

 

Auteur: Pierre Schwaller (Pierre.Schwaller@lyoba.ch)

Dernière mise à jour: 08.03.06


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