Eh oui, c’est un anniversaire à ne pas manquer.
Cela fait maintenant 10 ans qu’on utilise internet en Suisse. Certes,
nous n’étions que quelques dizaines de milliers d’utilisateurs en 95,
mais l’amorce d’une révolution était déjà présente, même si personne, à
l’époque, ne se doutait de l’ampleur qu’allait prendre le phénomène et
son influence sur notre mode de vie.
Alors qu’en décembre 95, le monde comportait 16
millions d’utilisateurs, il y en a 938 millions en juin 2005, soit 59 fois
plus. En juin 2005, 63,9 % de la population suisse est utilisatrice
internet (42,3% en France, 57,0% en Allemagne, 48,8% en Italie, 68,0% en
Amérique du Nord), la moyenne mondiale se situant à 14,6% (statistiques de
juin 2005 à
www.internetworldstats.com). Les statistiques nous montrent également
la très forte progression du Moyen-Orient, de l’Amérique du Sud et de
l’Afrique durant les dernières cinq années (voir tableau). Il est fort
intéressant de constater que l’Asie représente 34,5% des utilisateurs
mondiaux et a ainsi dépassé l’Europe (28,7%) et l’Amérique du Nord
(23,8%). En observant l’évolution sur une voie capitaliste de la Chine
actuelle, il est aisé d’en déduire que l’internet sera majoritairement
asiatique dans 5 à 8 ans. A mûrir !
Et pourtant, l’arrivée d’internet ne coulait pas de
source. En consultant les revues informatiques de l’époque (j’ai
scrupuleusement conservé l’ensemble de la revue Science & Vie Micro depuis
le n°1 de décembre 1983), on constate qu’il n’y avait, jusqu’en 1996,
aucun signe évident de la suprématie à venir d’internet. En 1995, on
parlait généralement d’»autoroute de l’information» et de «cyberspace».
C’était un langage utilisé par les politiques et les spécialistes
informatiques. En septembre de la même année, Microsoft sortait «Windows
95». Bill Gates voulait en profiter pour lancer son «Microsoft Network»,
réseau mondial censé relier tous les ordinateurs du monde. On sait
maintenant que son concept «propriétaire» fut, heureusement d’ailleurs, un
cuisant échec.
Mais on ne croyait pas à l’importance future des
réseaux. Lorsque, dans le numéro 123 de janvier 95 de S&Vie Micro, un
lecteur lui reproche de «ne pas être présent dans un réseau on line», la
rédaction lui répond «… Rappelons que pour l’instant, nous sommes les
seuls à consacrer un espace à ce secteur (les autoroutes de l’information,
ndlr) très en pointe ». Tout aussi peu visionnaire, le responsable du
réseau DHL déclare dans les S&V Micro de Mai 95 : «Internet est un réseau
où le temps d’acheminement n’est pas garanti. … Envoyer un message, je
veux bien, mais avoir une conversation interactive avec quelqu’un, je ne
pense pas que ce soit un jour possible». Et lorsqu’on esquive les
possibilités du téléphone par internet, le président de Eunet France (un
des nombreux réseaux tombés dans les oubliettes de l’histoire, ndlr)
déclare : « Utiliser internet pour téléphoner? C’est se conduire en
profiteur, en goujat !».
N’oublions pas un autre élément qui a favorisé la
popularité d’internet, le prix du matériel. En 1995, peu de familles
possédaient un ordinateur à la maison. Un PC Pentium DX4 coûte alors 2500
francs, un écran couleur, une imprimante jet d’encre couleur, un scanner,
un disque dur de 1 Go plus de 1 000 chacun. En résumé, le matériel coûtait
4 fois plus cher qu’actuellement, pour des performances de 30 à 100 fois
inférieures.
Symptomatique: En 1992, ni vous, ni moi, ni même le
meilleur des informaticiens n’aurait compris le moindre mot de la phrase
suivante : « Ce matin, j’ai downloadé sur mon iPod la
flash card contenant les jpeg de mon numérique. J’en ai
profité pour synchroniser les centaines de mp3 téléchargés en
torrents peer to peer».
Internet et le développement fulgurant
de la technologie nous ont contraint à acquérir constamment de nouvelles
connaissances et à maintenir élevées des compétences sans cesse
renouvelées.
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