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La Confédération, par la voix de
Thomas Sägesseger, son chef du service juridique de la chancellerie, veut
s'approprier les noms de domaine
Suisse.ch,
Schweiz.ch
et
Swizzera.ch,
qui appartiennent à un consultant pour la sécurité informatique. Les
juristes de la Confédération veulent y mettre le paquet. Entendez par là
toute la pression politique et juridique d’un aréopage de juristes, mais
sans dédommagement honnête. Ils sont juste prêts à payer les frais de
mutation qui, pour les trois domaines, sont de l'ordre de cent francs ! Sans
creuser l’information, on pourrait juger à priori la démarche du chancelier
légitime et qualifier le propriétaire de ces sites d’opportuniste. La
réalité est un peu plus complexe.
Replaçons-nous dans le contexte de l'époque. En 1995, lorsque ces trois noms de
domaine furent déposés, l'acquéreur a effectué une démarche auprès de
SWITCH. La Fondation SWITCH - Services de
téléinformatique pour l'enseignement et la recherche" a été créée en octobre
1987 par le Conseil fédéral et huit cantons universitaires.
De 1987 à 1995, début d'internet en Suisse, cette organisation gouvernementale
aurait eu largement le temps de définir et de protéger les noms de domaine
utiles aux Autorités fédérales, cantonales et communales. Elle a complètement
failli à cette tâche. Son manque d’anticipation a engendré par la suite de
nombreux conflits juridiques, les privés ayant démontré un bien meilleur esprit
d'entreprise que les fonctionnaires d’état. En ouvrant sa procédure pour
récupérer ces trois noms de domaine, la Confédération omet de mentionner un
certain nombre de faits.
Premièrement,
vous devez savoir que le gouvernement s'est attribué le privilège d'obtenir pour
ses besoins et celui des cantons des noms de domaine constitués uniquement de
deux lettres (ch.ch, fr.ch, ne.ch, etc., alors que selon les règles en vigueur,
il n'est pas possible d'enregistrer un nom de domaine contenant moins de trois
lettres. La Confédération utilise d'ailleurs le domaine
www.ch.ch comme «portail suisse». Comme il existe
des centaines de sites revendiquant cette appellation, il eut été mieux inspiré
de le nommer «portail officiel du gouvernement suisse».
Dans son
argumentation, le chancelier prétend que la plupart des pays européens utilisent
le nom du pays comme portail officiel. Allons vérifier. France.fr, Italia.it,
Espana.es, Portugal.pt, england.uk n'existent pas. www.oesterreich.at appartient
au Wiener Zeitung. On pourrait allonger la liste. L’argumentation est donc
fallacieuse. La chancellerie oublie apparemment qu'un nom de domaine lui est
spécifiquement destinée:
www.switzerland.gov. Un nom de domaine avec suffixe .gov n'est pas attribué
à des privés, mais est réservé à des structures gouvernementales officielles
(exemple: www.nasa.gov)
www.suisse.ch
fait-il du tort à l’image de la Suisse? La visite du site nous prouve le
contraire. Le site est un vrai portail, très complet, qui crée des liens directs
sur tous les sites internet officiels majeurs de Suisse, et bien entendu aussi
sur les sites des administrations fédérales, cantonales et communales. Bons
patriotes et habiles commerçants, leurs auteurs proposent dans leur boutique
divers articles, sonneries de téléphone et objets estampillés de la croix
blanche. Cerise sur le gâteau pour les internautes que nous sommes: le site nous
offre gratuitement une adresse électronique de type Prénom.Nom@suisse.ch. Juste
pour surprendre vos amis, vous serez sûrement nombreux à souscrire à une telle
offre!
Petite
réflexion entre nous. Quels noms de domaine, compréhensibles par les quatre
langues nationales et par les internautes du monde entier, auraient du être
âprement disputés? Certainement
www.switzerland.ch.
Il est utilisé par Suisse Tourisme. Mais évidemment aussi
www.swiss.ch
et
www.swiss.com.
Et là, tenez-vous bien, à qui appartiennent ces deux noms si symboliques? A la
compagnie allemande Lufthansa! La Confédération a jeté dans un gouffre des
milliards de francs d’argent public pour finalement livrer une compagnie, les
noms de domaine les plus significatifs de notre identité suisse, mais également
les marques déposées SWISS et SWISSAIR, à une entreprise allemande !
C’est
évidemment plus facile pour la Chancellerie fédérale et sa cour d’avocats de
s’acharner avec arrogance et sans scrupules sur un petit indépendant
dynamique. Navrant pour une démocratie!
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