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Dans l’édition du Journal La Gruyère du
mardi 4 juillet sous le titre «Flop
Cailler/Wenger, ou l'éclatement de l'information», je
spéculais sur le flop prévisible du nouveau Cailler. Et pourtant,
dans son
communiqué de presse du 13 février 2006, Nestlé Suisse annonçait «une
nouvelle dynamique » grâce à des « innovations comme moteurs de
croissance». Complètement relookée par Nelly Wenger et l’architecte Jean
Nouvel, la ligne Cailler, produite exclusivement à Broc, est un flop total.
On le savait depuis des mois, mais on est maintenant en droit de l’écrire
sans risque de pénaliser la marque, puisque Peter Brabeck, directeur général
du groupe Nestlé, l’a avoué ce dimanche 22 octobre dans les colonnes du
Sonntagszeitung.
Brabeck mentionne une baisse des ventes de 30 %, une perte de 50 millions de
francs (la réalité va probablement bien au-delà !) et un retour au Cailler
d’avant février 2006 tout cela devant se réaliser entre janvier et avril
prochain. Du génie inventif de l’équipe Wenger, il ne conservera que le
nouveau logo. Effarant, il n’aura fallu que 20 jours après l’annonce du
départ (pour deux à trois mois !) de Mme Wenger pour raisons de santé pour
faire de l’ordre dans la maison. Fini Jean Nouvel. Probablement fini aussi
Ferran Adrià et ses talents moléculaires à savoir griller les oreilles de
lapins. Bien triste expérience, qui affaiblit considérablement Nestlé Suisse
dans le secteur du chocolat, et qui doit maintenant jouer aux exercices de
pompiers: éviter une érosion encore plus forte des ventes durant les fêtes
de fin d’année (pourtant déterminantes), écarter ce qui reste de la cour à
Nelly, former une nouvelle équipe de marketing-vente, ré-adapter les
emballages , ré-équiper l’usine de Broc de nouvelles lignes de production,
reconduire, dans le rôle du perdant, les difficiles contrats pour Cailler et
ses autres produits de marque avec les grands distributeurs, faire
momentanément une croix sur l’expansion de la marque Cailler à l’étranger,
mais aussi créer une nouvelle (ancienne !) image pour regagner la confiance
des consommateurs. Tant de défis à gagner sur un marché rapidement bétonné
par ses concurrents (Lindt & Sprüngli,
Frey,
Camille Bloch
et les autres), qui profiteront de l’échec de Cailler pour grignoter
encore plus de parts de marché durant les fêtes. Tout cela va coûter très
cher. Sans oublier qu’en alimentaire, regagner une image perdue tient du
miracle.
Ce miracle, Coca-cola l’a bel et bien
vécu. Le drame s’était produit le 23 avril 1985, jour auquel Coca-cola
introduit sur le marché américain son «New Coke». Voyant ses parts de marché
s’éroder chaque année au profit de Pepsi, leader du cola aux Etats-Unis,
faussement inspiré par les expériences bénéfiques de son Coke Light lancé
avec succès en juillet 82, Coca Cola élabore une nouvelle recette,
légèrement plus proche du goût de Pepsi, mieux apprécié, et contenant du « high
fructose » au lieu du saccharose traditionnel. Quelques jours après le
lancement, le constat est cruel : outré, le peuple américain, qui buvait le
breuvage depuis plus de 100 ans, crie à la trahison. En fait, ce n’est pas
le goût, presque imperceptiblement différent, qui as choqué, mais l’atteinte
à l’image de la boisson. 78 jours plus tard, les dirigeants de Coca Cola
annoncent le retour de l’ancienne formule, qu’ils appellent alors «Classic
Coke». Même si l’entreprise a dépensé des milliards pour se sortir de ce
désastre commercial, cette grosse ratée a permis de dépoussiérer
l’entreprise et a dynamisé toute la branche des colas et des soft drinks aux
Etats Unis et dans le monde (bonnes documentations :
1 -
2
et des centaines d’autres
sites).
Cet électrochoc de survie qui a sauvé
Coca Cola en 1985, on le souhaite à la structure de Nestlé Suisse, et
particulièrement aux cadres et employés Cailler à Broc, dont l’excellence
professionnelle n’est pas à mettre en doute.
A deux questions, nous n’aurons probablement jamais de réponse : sur quels
critères Peter Brabeck a engagé à la tête de Nestlé Suisse cette ancienne
directrice d’Expo.02, dépourvue de compétences minimales dans le marketing
et le domaine alimentaire? Comment est-il possible qu’un concept visiblement
suicidaire aboutisse sans blocage interne au stade de la commercialisation ?
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