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Google Books, c’est le vaste projet de
Google, annoncé en décembre 2004, dont le but est de photographier et
digitaliser le contenu de plusieurs dizaines de millions d’ouvrages et de
les rendre accessibles gratuitement par son moteur de recherche. Les
bibliothèques et éditeurs européens se sont scandalisés d’une telle démarche
(article
du du 17 mai 2005 dans cette rubrique, intitulé « Google
Print, un électrochoc pour l'Europe ». Même
Microsoft s’insurge.
Mais pendant que
l’Europe réfléchit à une stratégie commune, Google, qui a noué des
partenariats avec de nombreuses bibliothèques universitaires américaines,
avance à pas de géant, mais en toute discrétion. Selon un article du New
York Times paru il y a quelques jours, Google aurait déjà digitalisé un
million de livres pour un coût de cinq millions de dollars. Cela équivaut à
6 francs par ouvrage. Une bagatelle pour l’entreprise Google. Un coût aussi
bas a été rendu possible grâce à l’utilisation de technologies très
raffinées mises en œuvre pour photographier et tourner automatiquement les
pages de chaque livre, puis les «comprendre» en utilisant des logiciels de
reconnaissance d’écriture très performants.
Entrons dans
books.google.com. La recherche avancée nous permet de choisir des
fourchettes de dates. Pour exemple, entrons la période allant de 1600 à
1850 et saisissons des mots clef tels que Suisse, Gruyère, Bulle, liauba,
Comte, Chenaux et autres mots «bien de chez nous».
L’émotion est réelle. Pour des ouvrages anciens libres de droits, on tourne
les pages du vrai livre, avec ses annotations manuscrites, ses taches … et
les caractères typographiques de l’époque. Comme dans un pdf, on peut
rechercher des mots dans chaque livre. Il faut plusieurs minutes pour
s’accoutumer à lire le français, l’anglais et l’allemand d’il y a trois
cents ans. Mais quel bonheur et que de découvertes. Voici quelques perles
extraites au hasard :
Sur les filles de Bulle.
Dans « Itinéraire
de Genève, des glaciers de Chamouni, du Valais, et du canton de Vaud
(1808)» : «C’est à Vevai que j'ai rencontré des beautés Fribourgeoises,
et celles de Bulle surpassent encore tout ce que j'ai vu: leur costume est
très-agréable, et va on ne peut pas à mieux à leurs jolies têtes. Quel beau
teint! Quels traits délicats! Que leurs bouches sont gracieuses! Leurs yeux
peignaient si bien la sensibilité, et leur langage est si doux qu'on ne
cesse de les admirer ».
Pierre-Nicolas Chenaux n’est pas décrit comme le héros que nous
honorons. Dans «Materialen
für die Statistick und neuere Staatengeschichte (1785)» : Pierre
Nicolas Chenaux, de la Tour-de-Trême, baillage de Gruyère) deréglé dans les
mœurs, avoit dissipé un patrimoine assez considérable, & ne jouissoit
d’aucune estime. Privé de biens, malgré les efforts de sa famille, il
intenta differens procès à ses proches & méme à son père… ».
Sur les atouts sexuels des mâles suisses. Dans «Discours
nouveau sur la mode (1613) » : « J'ai vu en Suisse, dans l'église de
l'abbaye de Muri, un tableau qui représentait une procession nombreuse,
dessiné à la plume. Les hommes y avaient leur braguette très apparente».
Sur le Ranz des Vaches
découvert par «The
Gentleman's Magazine (1790)». L’auteur attribue le titre à une autre
chanson (Quand reverrai-je un jour / tous les objets de mon amour ? / nos
clairs ruisseaux, nos coteaux / Nos hameaux, nos montagnes ?), et découvre
près de Fribourg des gens qui ne parlent pas vraiment français, mais une
sorte de patois, et chantent aussi un ranz des vaches. «The
penny cyclopædia, 1841» attribue la création de la mélodie de ce
chant d’origine appenzelloise («Kuhreihen» en allemand) au bâlois Théodore
Zwinger, qui le composa en 1710. Autre ouvrage à lire absolument : «Histoire
des Suisses ou Helvetiens- depuis les tems les plus recules jusques a nos
jours
(1803) ». En lisant les nombreux récits de voyage sur la Suisse, comme
«Bishop
Burnet's travels through Switzerland,- Italy, Some Parts of Germany
1725 », on constate qu’au XVIIIème
siècle, la Suisse, et particulièrement le canton de Fribourg, étaient
incomparablement plus riches que l’Allemagne et l’Italie, et offraient tous
les plaisirs et commodités de la vie (traduit du vieil anglais, ndlr).
Oublions la polémique pour un instant
et délectons-nous à plonger dans nos racines. Remonter de trois cents ans en
quelques clics de souris, n’est-ce pas un privilège ?

Extrait de : Tableaux de la Suisse, ou voyage pittoresque
fait
dans les xiii cantons du corps helvétique Par Jean Benjamin de La Borde
Publié en 1785 | |