Rubrique n° 29

Je me dope … et alors ?

L’été 98 est bien pauvre nouveautés particulières dans le domaine de l’Internet. Il y a bien eu l’arrivée de Windows 98 le 5 juillet dernier. Malgré l’ouverture précoce de leurs magasins et la distribution des cafés et des croissants, la foule ne s’est pas pressée au portillon, puisque seules quelques dizaines d’exemplaires de cette nouvelle mouture avaient été vendues en ville de Bulle ce jour là. La semaine passée, Microsoft annonçait fièrement avoir déjà vendu 1 million d’exemplaires du nouveau système d’exploitation censé créer une fusion et une dépendance plus étroite entre l’informatique classique et Internet. Le recul manque encore pour évaluer avec précision l’écho réel de Windows 98 et ses avantages pour l’utilisateur. Nous aborderons donc ce thème en l’automne.

Encore tout chaud, le Tour de France (www.letour.fr/98fr) a laissé des traces bien visibles et indélébiles sur le Net. Un jour avant l’expulsion de l’équipe Festina (le 6ème jour de course), j’avais saisi le mot "Festina" dans le moteur de recherche AltaVista, en demandant de rechercher tous les messages des newsgroups dans lesquels il figurait. Il y en avait 255. Hier, j’en dénombrait 2016, émanant avant tout des groupes de discussion rec.bicycles.racing et fr.rec.sports.divers. Les esprits s’échauffent et se confrontent sans retenue et sans tabou. Le débat est mondial, mais encore assez fortement limité au domaine du cyclisme. Le traumatisme est à la mesure de la brutale réalité : le dopage est un outil indispensable au compétiteur de haut niveau. Au moins c’est dit ! Le cycliste professionnel pourra à nouveau se regarder devant le miroir. Le jeune espoir et sa famille sont maintenant informés des risques physiques et psychologiques d’une carrière professionnelle.

Sortir le sport cycliste du dopage le plus "sauvage" sera tâche ardue, mais possible. Dans ce sport, on se bat pour être le premier, mais pas contre un temps absolu. La marque Festina (www.netnmedia.com/festina/.) citée négativement à des millions d’exemplaires dans la presse orale et écrite, sortira-t-elle indemne de cette épreuve ? Son destin, quel qu’il soit, contribuera au moins à faire réfléchir le monde du marketing aux risques évidents de lier l’image d’une entreprise avec celle d’un sport ou d’une personnalité "à risque" (Birell avec Reggazoni, Pepsi avec Michael Jackson le "protecteur" des enfants, les anciens sponsors de Maradonna, etc.)

Plus grave encore est la composante du dopage high-tech dans tous les sports dont l’intérêt premier se situe au niveau du record à battre sous forme d’un temps sur des distances standardisées et toujours comparables, bien que dans des lieux différents. C’est justement le propre de l’athlétisme. Athletissima (www.athletissima.ch) sera là pour nous le rappeler le 25 août prochain. De nos jours, le succès d’un meeting se calcule en nombre de "meilleures performances de l’année", de records mondiaux égalés et battus (la liste de tous les records à www.iaaf.org/rdb/, le site de l’ "International Amateur Athletic Federation") . Plus un stade catalyse l’exploit sportif, plus généreux sont les sponsors et plus élevées seront les primes. Que tombent les records!

Certes, les seuls produits dopants ne créent pas le champion. Il faut à la base un corps génétiquement favorisé par une morphologie particulière et parfaitement adapté à la cinétique de ce sport (la morphologie du marathonien et celle du spécialiste du 100 m n’ont que peu de points communs), il y a les nouveaux matériaux à restitution d’énergie dont sont fait les tarmacs et les chaussures, enfin la préparation physique et mentale.

Il est pourtant permis d’imaginer que la plupart des sportifs ayant battu des records mondiaux durant les dernières 10 ans ont eu plus souvent recours à des substances illicites qu’à leur boisson isotonique favorite.

Le monde du sport de compétition, motivé mais aussi dominé par le dieu  Argent , s’est engagé dans un cul-de-sac. Le demi-tour est illusoire. Rollerball, le film de science fiction (1975) de Norman Jewison, est devenu la réalité de cette fin de siècle. De cette lente " mise à mort" des sports de compétition, nous, "amis sportifs", ne sommes pas que les spectateurs, mais les vrais auteurs.

Pierre Schwaller

Pierre.Schwaller@lyoba.ch


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