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Ce titre peut paraître alarmiste. Et
pourtant, devant les faits, il faut admettre que pour le réseau mondial
internet, l’année 2008 aura été la plus douloureuse de son existence. La revue
Science & Vie, qui en fait son dossier dans son édition de décembre, apporte les
nombreuses preuves qu’internet est devenu un réseau qui, victime de son succès,
révèle des failles béantes qu’il devient de plus en plus difficile à colmater.
A l’origine, Internet fut conçu pour transmettre des flux modérés
de données sans souci particulier de les authentifier. C’était le règne de la
confiance mutuelle. Pour parer à la cybercriminalité naissante, il a fallu
constamment ajouter des sécurités supplémentaires sur un réseau de base qui
n’était pas conçu pour cela. Le réseau est devenu comme une chambre à air de
vélo qui comporterait plus de rustines que le caoutchouc du pneu d’origine. La
popularité du réseau et son utilisation pour des tâches qui dépassent largement
la consultation de sites internet (vidéos, télésurveillance et télémaintenance,
radios, téléphonie IP, etc.), et d’autre part la super-spécialisation des
cyber-criminels capables de détourner à leur profit des dizaines de millions de
connexions en quelques minutes, rendent le réseau internet si fragile qu’il peut
céder à tout moment. Et il n’est pas nécessaire d’être pourvu d’une imagination
débordante pour anticiper les dégâts. Une paralysie de l’internet provoquerait
des dégâts bien plus importants que la crise financière et économique que nous
vivons actuellement.
Le 8 juillet 2008, la plupart des
propriétaires d’une connexion internet recevaient une urgente mise à jour. Pour
la première fois, tous les grands constructeurs informatiques, alliés ou
concurrents, s’étaient mobilisés pour combler une faille géante découverte 6
mois plus tôt par un jeune informaticien, Dan Kaminsky. Ce jeune homme, devenu
désormais une sorte de héros sauveur, avait trouvé le moyen de tromper le
fonctionnement du protocole DNS (Domain Name System). Sans entrer dans les
détails techniques, le protocole DNS, géré par près de 500 000 serveurs
spécialisés dans le monde, sert à opérer la correspondance entre le nom d’un
site (par exemple www.lagruyere.ch) et
son numéro chiffré, à l’image d’un numéro de téléphone impossible à mémoriser.
Cette faille permettait par exemple à un hacker d’aiguiller un internaute d’un
site de confiance vers un autre site tiers. Très gênant lorsque vous désirez
effectuer vos transactions bancaires en ligne et que vous confiez tous vos codes
confidentiels à un site «clone» malveillant ! Et s’attaquer au DNS, qui n’a
malheureusement pas prévu de système d’authentification, c’est supprimer le chef
d’orchestre du web. Tout s’écroule alors: les services de messagerie, les mises
à jour automatiques de nos programmes et de notre système d’exploitation, le
système crypté SSL. A faire froid dans le dos, surtout lorsqu’on sait que par
définition, les hackers ont toujours une longueur d’avance sur les programmeurs
chargés de programmer des rustines toujours plus nombreuses. Cette année, une
autre faille a été découverte dans un protocole vital du web, le BGP (Border
Gateway Protocol). Ce protocole, qui n’a pas non plus de système
d’authentification, sert de chef de gare chargé d’orienter « au mieux » les
flux d’information vers leurs destinataires. Le 24 févier 2008, les télécom
pakistanais ont fait « dérailler le train » par une erreur de programmation, en
voulant censurer l’accès de ses compatriotes à Youtube. Conséquence inattendue,
tout le trafic mondial destiné à visiter le site Youtube a été aspiré par
Pakistan Télécom. Bien plus grave, on sait maintenant que l’on peut détourner
des données destinées à un site, éventuellement les modifier et les réacheminer
vers son destinataire légitime en toute discrétion, sans être repéré.
Sans vouloir effrayer le lecteur, ce ne sont
là que quelques grosses surprises de l’année, dont on se serait volontiers
passé. L’ingénieur Eugène Kaspersky (vous connaissez son anti-virus), a prévu
pour 2008 20 millions de codes malicieux, soit dix fois plus qu’en 2007. Une
progression effrayante qui prouve que les hackers sont de plus en plus
efficaces. Selon certains experts, sur la plnète, près d’un ordinateur sur
quatre serait déjà victime d’un kidnapping informatique de masse (http://fr.wikipedia.org/wiki/Storm_botnet),
servant à faire travailler nos machines à notre insu pour réaliser
collectivement des actions bien peu louables.
Pour internet, l’année 2009 sera chaude ! | |