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INTERNET. Les sites
spécialisés dans l’échange de fichiers de type «peer to peer» sont dans les
mailles serrées de la justice. Les «torrents» s’assèchent…
LE PEER TO
PEER TRANSPIRE. Il est vrai que nos torrents et nos cours d’eaux
subissent les effets de la sécheresse latente que nous avons vécue durant ces
trois derniers mois. Dans le domaine internet, et particulièrement celui des
échanges de fichiers qu’on caractérise par l’expression «peer to peer», les
torrents s’assèchent également. Pour les non-initiés, qu’est ce qu’on torrent ?
C’est le nom d’une extension de fichier de métadonnées qui contient tous les
éléments nécessaires au téléchargement, et qui comprend également l’adresse IP
d’un tracker (un site internet spécialisé) qui coordonne la communication
entre les différents ordinateurs qui téléchargent ce fichier.
Piratebay (thepiratebay.org), logé jusqu’il y a quelques jours par un hébergeur
suédois, et premier site mondial permettant l’échange de fichiers torrents, a
vécu un été très tourmenté. Il faut dire qu’il est devenu depuis 2006 la proie
privilégiée des majors de l’industrie du disque et du cinéma, qui ont mis toute
leur énergie et engagé pleins d’avocats pour fermer le site et condamner ses
propriétaires. Mais les créateurs du site, devenus peu à peu symboles de la
résistance aux majors d’Hollywood et d’une réflexion vers une réforme des droits
d’auteurs, résistent à tous les coups reçus: perquisition en mai 2006, descente
dans la rue à Stockholm pour le maintien du site, début 2008 poursuite contre
les quatre administrateurs présumés du site. En avril de la même année, on
découvre que le juge suédois chargé de l’affaire est membre de sociétés de
droits d’auteur. L’affaire est portée devant la Cour européenne des droits de
l’homme pour « violation des droits de l’homme ». Cet été, tout s’accélère. Le
30 juin, une société suédoise annonce le rachat du site pour 7,8 millions de
dollars, pour en faire un site d’échange de fichiers légaux. Mais on découvre un
délit d’initiés et la transaction échoue. Le 2 octobre, sous la pression des
majors, Google retire de son index plusieurs pages du site. Le 5 octobre, les
vikings mettent les voiles vers un hébergeur situé en Ukraine, dont la
législation en la matière est actuellement « moins regardante ». Mais la guerre
contre le téléchargement illicite de fichiers se poursuit. Des lois sévères se
préparent. En France, la loi «Hadopi 2», adoptée par le Sénat le 21 septembre
dernier, se met en place. En Italie, la Cour Suprême ouvre la voie au blocage de
PirateBay en rendant impossible aux internautes l’accès au site.
ET LES AUTRES ? Les autres grands sites d’échanges P2P ne
naviguent pas non plus à pleine voilure. Demonoid (demonoid.com) est en état de
mort clinique (serveur détruit, perte des données). Snowtigers, le plus grand
site bittorrent français, a disparu et ses administrateurs arrêtés. Mininova
(mininova.org) est forcé de faire le ménage dans ses liens. D’autres sites
d’échange de fichiers continuent de fonctionner, tandis qu’une nouvelle vague de
sites faussement sans but lucratif aboutissent à des systèmes payants d’échanges
de fichiers illicites.
LA FIN DU P2P ? Bien sûr que non, car depuis le début d’internet et de l’apparition
fugace de Napster en 1999, le téléchargement de fichier a su s’adapter. D’autre
part, il faut savoir que la plupart des internautes téléchargent, consciemment
ou non, des fichiers illicites soumis à droit d’auteurs. Cela va des paroles de
chansons qu’un internaute aurait transcrites et publiées sur son site, au
visionnement d’une série télévisée en passant par une séquence archive d’Edith
Piaf et Charles Dumont filmée en 1961 et placée sur Youtube.
Il est sain de combattre
contre le piratage d’œuvres récentes. Mais il semble tout autant prioritaire de
dépoussiérer les règles des droits d’auteurs et d’imaginer de nouveaux modes de
rétribution de ces derniers. Placer et visionner sur Youtube les millions de
séquences d’archives qui ont marqué le 20ème siècle et modelé nos
propres vies est légalement interdit. N’y a-t-il vraiment aucune solution
imaginable pour permettre l’accès légal à des millions d’archives qui font
partie de notre histoire ?
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