Journal La Gruyère

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Article du 8 octobre 2009

Hollywood chasse les pirates

INTERNET. Les sites spécialisés dans l’échange de fichiers de type «peer to peer» sont dans les mailles serrées de la justice. Les «torrents» s’assèchent…

LE PEER TO PEER TRANSPIRE. Il est vrai que nos torrents et nos cours d’eaux subissent les effets de la sécheresse latente que nous avons vécue durant ces trois derniers mois. Dans le domaine internet, et particulièrement celui des échanges de fichiers qu’on caractérise par l’expression «peer to peer», les torrents s’assèchent également. Pour les non-initiés, qu’est ce qu’on torrent ? C’est le nom d’une extension de fichier de métadonnées qui contient tous les éléments nécessaires au téléchargement, et qui comprend également  l’adresse IP d’un tracker (un site internet spécialisé) qui coordonne la communication entre les différents ordinateurs qui téléchargent ce fichier.
Piratebay (thepiratebay.org), logé jusqu’il y a quelques jours par un hébergeur suédois, et premier site mondial permettant l’échange de fichiers torrents, a vécu un été très tourmenté. Il faut dire qu’il est devenu depuis 2006 la proie privilégiée des majors de l’industrie du disque et du cinéma, qui ont mis toute leur énergie et engagé pleins d’avocats pour fermer le site et condamner ses propriétaires. Mais les créateurs du site, devenus peu à peu symboles de la résistance aux majors d’Hollywood et d’une réflexion vers une réforme des droits d’auteurs, résistent à tous les coups reçus: perquisition en mai 2006, descente dans la rue à Stockholm pour le maintien du site, début 2008 poursuite contre les quatre administrateurs présumés du site. En avril de la même année, on découvre que le juge suédois chargé de l’affaire est membre de sociétés de droits d’auteur. L’affaire est portée devant la Cour européenne des droits de l’homme pour « violation des droits de l’homme ». Cet été, tout s’accélère. Le 30 juin, une société suédoise annonce le rachat du site pour 7,8 millions de dollars, pour en faire un site d’échange de fichiers légaux. Mais on découvre un délit d’initiés et la transaction échoue. Le 2 octobre, sous la pression des majors, Google retire de son index plusieurs pages du site. Le 5 octobre, les vikings mettent les voiles vers un hébergeur situé en Ukraine, dont la législation en la matière est actuellement « moins regardante ». Mais la guerre contre le téléchargement illicite de fichiers se poursuit. Des lois sévères se préparent. En France, la loi «Hadopi 2», adoptée par le Sénat le 21 septembre dernier, se met en place. En Italie, la Cour Suprême ouvre la voie au blocage de PirateBay en rendant impossible aux internautes l’accès au site.

ET LES AUTRES ? Les autres grands sites d’échanges P2P ne naviguent pas non plus à pleine voilure. Demonoid (demonoid.com) est en état de mort clinique (serveur détruit, perte des données). Snowtigers, le plus grand site bittorrent français, a disparu et ses administrateurs arrêtés. Mininova (mininova.org) est forcé de faire le ménage dans ses liens. D’autres sites d’échange de fichiers continuent de fonctionner, tandis qu’une nouvelle vague de sites faussement sans but lucratif aboutissent à des systèmes payants d’échanges de fichiers illicites.

LA FIN DU P2P ? Bien sûr que non, car depuis le début d’internet et de l’apparition fugace de Napster en 1999, le téléchargement de fichier a su s’adapter. D’autre part, il faut savoir que la plupart des internautes téléchargent, consciemment ou non, des fichiers illicites soumis à droit d’auteurs. Cela va des paroles de chansons qu’un internaute aurait transcrites et publiées sur son site, au visionnement d’une série télévisée en passant par une séquence archive d’Edith Piaf et Charles Dumont filmée en 1961 et placée sur Youtube.

Il est sain de combattre contre le piratage d’œuvres récentes. Mais il semble tout autant prioritaire de dépoussiérer les règles des droits d’auteurs et d’imaginer de nouveaux modes de rétribution de ces derniers. Placer et visionner sur Youtube les millions de séquences d’archives qui ont marqué le 20ème siècle et modelé nos propres vies est légalement interdit. N’y a-t-il vraiment aucune solution imaginable pour permettre l’accès légal à des millions d’archives qui font partie de notre histoire ?

 

 

Auteur:: Pierre Schwaller (Pierre.Schwaller@lyoba.ch))

Dernière mise à jour: 04.11.09


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