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ECONOMIE HIGH-TECH. Les géants des nouvelles technologies destinées au public
triomphent. Mais ils entraînent une chaîne ininterrompue de capotages
d'entreprises autrefois leaders sur des marchés désormais dépassés.

KODAK, PHILIPS
et bien d'autres marques prestigieuses du XXe siècle n'ont pas pu suivre la
brutale révolution numérique.
On apprenait le 29 janvier que Philips, l'entreprise fondée en
1891 à Eindhoven, cède son département d'électronique de loisirs au japonais
Funai Electric pour la somme ridicule de 150 millions d'euros. Et dire que le
logo de Philips se distinguait sur une majorité de postes radio, puis de
télévisions. Impossible de décrire dans cette rubrique tout ce que ce groupe a
inventé dans le domaine audio et visuel. Parcourez simplement
http://fr.wikipedia.org/wiki/Philips.
Dans le domaine des écrans de télévision cathodiques, il était un leader
incontesté avant l'apparition de Sony avec ses écrans Trinitron. Ces milliards
d'écrans, si rapidement remplacés par les technologies basées sur des écrans
plats, ont disparu, avec des dégâts certains sur l'environnement. Que sont-ils
d'ailleurs devenus?
Jamais on a autant photographié qu'aujourd'hui. Des milliards de photos chaque
jour. Cet accès instantané à la photographie a précipité les restructurations
douloureuses de marques prestigieuses comme Eastman-Kodak et Polaroïd (USA),
Agfa-Gewaert (Belgique) ou Ilford (Suisse/ Grande Bretagne, avec son outil de
production à Marly), autrefois leader dans la pellicule argentique noir-blanc.
En Suisse, deux entreprises mondialement réputées sont entrées
dans une période de vaches maigres. Le groupe Kudelski, basé à Cheseaux-sur-Lausanne,
a acquis une réputation mondiale grâce à son Nagra, un enregistreur sur bande
magnétique professionnel et rompu à toute épreuve. Avec l'arrivée des
enregistreurs sonores numériques stockant les données sur mémoire flash,
évidemment beaucoup moins fragiles et dix fois plus légers qu'un enregistreur à
bande, tout un savoir-faire technologique et mécanique est parti en poussière.
L'entreprise a alors focalisé un savoir-faire nouveau sur le cryptage intégré
dans les décodeurs TV Nagravision. Son fondateur, le polonais d'origine Stefan
Kudelski, est décédé le 26 janvier.
Logitech, une autre entreprise suisse de renom, accuse une perte de 195 millions
de dollars pour son troisième trimestre 2012-2013. Après l'erreur stratégique de
son engagement dans le projet Google-TV (la société confie que ce partenariat a
été la plus grosse bourde de son histoire, cela en perdant plusieurs millions de
dollars), Logitech annonce maintenant cesser la production d'accessoires pour
consoles de jeu. "Game Over". Et comme internet est passé du fixe au mobile, le
marché des claviers, des souris et des webcams, point forts de l'entreprise, se
réduit, et parallèlement, les prix et les marges s'effondrent.
Dans le domaine des magasins spécialisés en musique et films, c'est aussi la
débandade. En France, Virgin Megastore débauche et ferme des succursales. Ses
employés descendent dans la rue. En Suisse (et ailleurs), les boutiques de
location de films ferment. Dans les centres commerciaux spécialisés en
électronique grand public, les linéaires de CD et DVD se réduisent comme peau de
chagrin. Logique, le CD est à l'agonie.
En Gruyère, la boutique spécialisée dans la musique enregistrée a disparu depuis
plusieurs années. Et, aujourd'hui même, le seul magasin indépendant et avec une
expérience professionnelle dans le domaine du conseil, de la vente et des
services en matière de photographie, est contraint à fermer boutique et tout
liquider. Très dur.
Cette réalité économique réfrène notre enthousiasme lorsque Apple annonce en
même temps, et passionnément relayé par la presse mondiale, la sortie imminente
d'un iPad avec une mémoire doublée à 128 Go. Tellement futile que ça fait rire!
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