La bourse explose sur le
net. Et les Suisses, depuis quelques mois, ont également pris goût à
cette nouvelle activité. Les banques se disent même étonnées d'un
tel engouement qu'elles avaient sous-estimé. La structure classique
d'opérations boursières nécessitait certains rapports, disons
privilégiés, avec une banque. Elle exigeait une infrastructure
relativement lourde, des contacts directs avec sa banque et
un
certain capital. Le modeste citoyen possédant quelques milliers de
francs de fortune avait quelque retenue à entrer en relation avec des
banques brassant des dizaines de milliards et clamant à tous vents que
les petits clients leur coûtaient de l'argent. Le jeu de la bourse
était alors réservé à une élite, lectrice de la "Neue
Zürcher Zeitung" et des revues économiques. D'autre part, le
Suisse a le tempérament joueur. A preuve l'essor des loteries
nationales, du PMU, des tirages en temps réel, la lutte acharnée que
se livrent certains milieux politiques et économiques pour réglementer
en leur faveur la loi sur les casinos et les machines à sous.
"Boursicoter" par internet deviendra logiquement une nouvelle
passion "populaire". Oubliez l'image du jeune banquier
dynamique gesticulant devant une panoplie de téléphones et d'écrans
PC et gérant la vie ou la mort de milliard de dollars.
Désirant casser
cette image, je suis allé à la rencontre d'un retraité gruérien,
octogénaire depuis quelques mois, dont vous admettrez que je taise
l'identité. Appelons-le Louis (prénom fictif). En m'accueillant, il
montre sa pelouse en me disant "les carottes et autres légumes,
je les trouve à bas prix toute l'année, alors le jardin
".
Avant sa retraite prise en 1984, Louis était cadre dans une entreprise
de Bulle (sans aucun rapport avec le domaine bancaire) . Son poste
l'avait amené à utiliser l'informatique naissante des années 70.
Retraité et plein de dynamisme, il acquiert en 1988 son premier PC. Il
étend constamment ses connaissances en informatique et apprend à
maîtriser le traitement de texte, Excel et Access. Il décide de
prendre une connexion internet en 1996 déjà.
Et c'est à ce moment
que débute sa nouvelle passion, la bourse. "Il faut être sage,
utiliser l'expérience de vie acquise par les années, ne pas se
disperser, et surtout ne pas mettre tous les ufs dans le même panier.
A la bourse, il ne faut mettre que le surplus et garder précieusement
un en-cas ", me dit d'emblée mon interlocuteur. Les
connaissances de base, Louis les a acquises par la lecture d'ouvrages de
vulgarisation boursière, mais aussi par la lecture de journaux tels que
la Tribune de Genève.
Les bulletins réguliers émanant des banques suisses font aussi partie
de sa lecture. Avant l'apparition des nouveaux outils spécialisés sur
internet, Louis s'informait régulièrement par le télétexte.
Ses outils actuels? Son
PC, une connexion internet et le téléphone. Les sites consultés? www.swissquote.ch,
dans lequel il suit l'évolution de la bourse suisse en temps réel,
l'historique de chaque valeur, le comportement de chaque action par
rapport au SMI et des informations régulières sur chaque société.
Pour d'autres informations financières mondiales, Louis a maintenant
accès à www.reuters.com.
"Suivre régulièrement la bourse prend du temps. J'y consacre
30 à 40 minutes par jour. Mais surtout, ça fait travailler les
cellules grises, ça motive et ça détend, même si on se fait parfois
quelques petites frayeurs!". Egoïste, Louis ne l'est pas,
puisqu'il accepte de donner des conseils à ses amis. "L'année
passée, j'ai stimulé quelques amis à prendre quelques actions
Swisscom. Quelques mois plus tard, ils revendaient leurs actions avec un
beau bénéfice; l'action avait pratiquement doublé!".
Petit regret, le langage
de la bourse est presque exclusivement l'anglais. Ne le maniant pas avec
dextérité, Louis a installé, en programme résidant, un logiciel de
traduction automatique dénommé Babylon Translator (à télécharger à
www.babylon.com). "Ce
qui est extraordinaire", dit mon interlocuteur, "c'est
que de nos jours, on peut acquérir un équipement informatique complet
pour moins de 2'000 francs, ce qui abordable à de modestes revenus; et
c'est devenu simple d'emploi". Mais il admet qu'une personne de
son âge n'ayant jamais touché à l'informatique rencontrerait certains
problèmes.
Je demande à Louis s'il
a le tempérament de joueur : "Pas du tout, je n'ai jamais
acheté un billet de loterie de ma vie!". La question me brûle
: ça rapporte, la bourse? Réponse diplomatique de Louis : "Pensez,
en 1998, les valeurs boursières ont augmenté de 30% ! L'année 1999
sera probablement plus calme".
Motivant, non?
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