Rubrique n° 59 Rubrique internet du journal LA GRUYÈRE du 12 octobre 1999

La bourse ou le radis?

La bourse explose sur le net. Et les Suisses, depuis quelques mois, ont également pris goût à cette nouvelle activité. Les banques se disent même étonnées d'un tel engouement qu'elles avaient sous-estimé. La structure classique d'opérations boursières nécessitait certains rapports, disons privilégiés, avec une banque. Elle exigeait une infrastructure relativement lourde, des contacts directs avec sa banque et… un certain capital. Le modeste citoyen possédant quelques milliers de francs de fortune avait quelque retenue à entrer en relation avec des banques brassant des dizaines de milliards et clamant à tous vents que les petits clients leur coûtaient de l'argent. Le jeu de la bourse était alors réservé à une élite, lectrice de la "Neue Zürcher Zeitung" et des revues économiques. D'autre part, le Suisse a le tempérament joueur. A preuve l'essor des loteries nationales, du PMU, des tirages en temps réel, la lutte acharnée que se livrent certains milieux politiques et économiques pour réglementer en leur faveur la loi sur les casinos et les machines à sous. "Boursicoter" par internet deviendra logiquement une nouvelle passion "populaire". Oubliez l'image du jeune banquier dynamique gesticulant devant une panoplie de téléphones et d'écrans PC et gérant la vie ou la mort de milliard de dollars.
Désirant casser cette image, je suis allé à la rencontre d'un retraité gruérien, octogénaire depuis quelques mois, dont vous admettrez que je taise l'identité. Appelons-le Louis (prénom fictif). En m'accueillant, il montre sa pelouse en me disant "les carottes et autres légumes, je les trouve à bas prix toute l'année, alors le jardin…". Avant sa retraite prise en 1984, Louis était cadre dans une entreprise de Bulle (sans aucun rapport avec le domaine bancaire) . Son poste l'avait amené à utiliser l'informatique naissante des années 70. Retraité et plein de dynamisme, il acquiert en 1988 son premier PC. Il étend constamment ses connaissances en informatique et apprend à maîtriser le traitement de texte, Excel et Access. Il décide de prendre une connexion internet en 1996 déjà.
Et c'est à ce moment que débute sa nouvelle passion, la bourse. "Il faut être sage, utiliser l'expérience de vie acquise par les années, ne pas se disperser, et surtout ne pas mettre tous les œufs dans le même panier. A la bourse, il ne faut mettre que le surplus et garder précieusement un en-cas ", me dit d'emblée mon interlocuteur. Les connaissances de base, Louis les a acquises par la lecture d'ouvrages de vulgarisation boursière, mais aussi par la lecture de journaux tels que la Tribune de Genève. Les bulletins réguliers émanant des banques suisses font aussi partie de sa lecture. Avant l'apparition des nouveaux outils spécialisés sur internet, Louis s'informait régulièrement par le télétexte. 

Ses outils actuels? Son PC, une connexion internet et le téléphone. Les sites consultés? www.swissquote.ch, dans lequel il suit l'évolution de la bourse suisse en temps réel, l'historique de chaque valeur, le comportement de chaque action par rapport au SMI et des informations régulières sur chaque société. Pour d'autres informations financières mondiales, Louis a maintenant accès à www.reuters.com. "Suivre régulièrement la bourse prend du temps. J'y consacre 30 à 40 minutes par jour. Mais surtout, ça fait travailler les cellules grises, ça motive et ça détend, même si on se fait parfois quelques petites frayeurs!". Egoïste, Louis ne l'est pas, puisqu'il accepte de donner des conseils à ses amis. "L'année passée, j'ai stimulé quelques amis à prendre quelques actions Swisscom. Quelques mois plus tard, ils revendaient leurs actions avec un beau bénéfice; l'action avait pratiquement doublé!"

Petit regret, le langage de la bourse est presque exclusivement l'anglais. Ne le maniant pas avec dextérité, Louis a installé, en programme résidant, un logiciel de traduction automatique dénommé Babylon Translator (à télécharger à www.babylon.com). "Ce qui est extraordinaire", dit mon interlocuteur, "c'est que de nos jours, on peut acquérir un équipement informatique complet pour moins de 2'000 francs, ce qui abordable à de modestes revenus; et c'est devenu simple d'emploi". Mais il admet qu'une personne de son âge n'ayant jamais touché à l'informatique rencontrerait certains problèmes. 

Je demande à Louis s'il a le tempérament de joueur : "Pas du tout, je n'ai jamais acheté un billet de loterie de ma vie!". La question me brûle : ça rapporte, la bourse? Réponse diplomatique de Louis : "Pensez, en 1998, les valeurs boursières ont augmenté de 30% ! L'année 1999 sera probablement plus calme".

Motivant, non?

Auteur: Pierre Schwaller
(Pierre.Schwaller@lyoba.ch)

Dernière mise à jour: 02.01.02

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