La fabrication
Choix de l'arbre
On
utilise les essences forestières disponibles sur
place: sapin rouge ou épicéa dans les
Préalpes, Jura et Plateau suisse; mélèze par
exemple en Valais; châtaignier dans le centre de
la France; cèdre rouge au Canada. On trouve
aussi le chêne en France, mais plutôt au
XVIIème siècle.
Seul
le bois de première qualité répond aux
exigences du tavillonneur. Un certain nombre de
critères, comme l'observation, la connaissance
des conditions forestières locales et
l'intuition du tavillonneur sont à connaître.
Le tavillonneur connaît les bons endroits,
regarde pousser les arbres et transmet ses
observations à celui qui lui succédera. Voici
quelques critères:
- Les écailles de l'écorce doivent être
alignées
- Un sapin dont les branches se dirigent contre
le bas se prêtera mieux à la "fente"
- On choisit de préférence les fonds de
vallées, où les arbres ne sont pas soumis à
l'action des vents
La fente
- L'abattage
des arbres, tout comme la fabrication, sont des
travaux réservés à la mauvaise saison (environ
depuis le mois de novembre), c'est à dire dès
que la sève est descendue. Sinon le bois
deviendrait noir. Un ouvrage en tavillons, ça ne
s'improvise pas au dernier moment. Cela requiert
de la part du client une décision préalable,
car on ne peut pas recouper de bois après la
saison de coupe.
Le tronc
est coupé en morceaux à la longueur désirée,
appelés "meule". Ceux-ci sont
ensuite débités en quartiers appelés "moggias"
en Gruyère, puis écorcés à la hache. Dans le
cas des tavillons, on "tsappuge les
moggias" (expression en patois
gruérien), c'est à dire que l'on confectionne
un chanfrein sur le bord supérieur du
quartier qui se reportera sur chaque tavillon.
- Les
outils se résument au "fer à
tavillons", sorte de lame en acier à
tranchant large avec une poignée disposée à
l'une des extrémités. On frappe sur cette lame
avec une "mailloche" en bois.
Le banc du tavillonneur consiste en une poutre
solidement fixée dans laquelle une profonde
rainure a été pratiquée dans le sens de la
largeur.
- Il y
a deux techniques de fabrication: la première
consiste à fendre le "moggia"
en deux parties égales et à répéter
l'opération jusqu'à l'obtention de tavillons de
l'épaisseur désirée. La seconde technique
dérive de la première: elle s'en différencie
par un marquage préalable du "moggia"
tous les quatre tavillons au moyen du "fer".
- On ne
coupe jamais la veine du bois sur la partie
exposée aux intempéries. Seuls les tavillons
fendus résisteront à l'usure du temps, l'eau
s'écoulant sans pénétrer à l'intérieur du
bois. Si on utilisait le sciage, l'eau ferait
"pourrir" rapidement le bois.
Sitôt fendus, les tavillons sont arrangés de
manière à reconstituer les "moggias"
d'origine, puis regroupés en paquets comme les "meules"
d'origine, puis ficelés avec des fils de fer.
Ces paquets sont ensuite rangés dans un endroit
abrité, par exemple sous un avant-toit.
- En
cas de stockage prolongé, les tavillons sont
trempés durant une journée dans un bassin
rempli d'eau avant d'être utilisés, ceci afin
d'éviter un éclatement lors du
"clouage".
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La pose
La
pose sur un toit
En Suisse, les tavillons se
posent généralement à double recouvrement
interligne (superposition des rangs) de 10 à 12
cm selon les tavillonneurs, et superposition
horizontale de 5 cm environ. L'épaisseur de la
couche comporte ainsi 12 tavillons superposés.
Les planchettes de lambrissage ne doivent en
aucun cas être jointives, mais ajourées, pour
permettre une bonne ventilation et éviter ainsi
le pourrissement.
- On
commence le travail de pose par le bas. Les
tavillons de premier rang sont alignés au moyen
d'une ficelle. On débute avec un rang de
tavillons plus courts (environ 20 cm); la couche
suivante, composée de tavillons normaux,
recouvre entièrement la première. Ceci permet
de doubler l'épaisseur du toit à l'endroit où
l'usure due à l'eau de ruissellement est la plus
importante. On continue l'alignement des rangs
suivants avec la ficelle de départ, et on monte
petit à petit le pan du toit. Quand on arrive au
dessus, le "faîtage" peut
être recouvert soit en arc de cercle, soit par
une double couche de tavillons appuyée contre le
dernier rang, du pan de toit opposé, dépassant
le faîte.
- Le
marteau du tavillonneur, appelé "martelle",
est particulier: le manche court, pour empêcher
de se coincer les doigts, et est muni d'un "taillant".
On pose généralement plusieurs tavillons avant
de les clouer; le marteau est alors utilisé pour
les retenir. Les clous sont contenus dans une
boîte fixée à la ceinture.
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La pose
en façadeLes tavillons sont
cloués contre les planches non jointives, elles-mêmes
fixées à des carrelets verticaux. L'air peut donc
circuler librement derrière le revêtement, évitant la
détérioration de celui-ci. Pour le dessus des façades,
sous l'avant-toit, on peut faire des lignes arrondies
pour finir de couvrir, ce qui est d'un bel effet. C'est
surtout contre les façades que le tavillonneur donne
libre cours à son sens esthétique: croisillons,
soleils, arrondis, tavillons à découpe, lignes
ondulées.
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