L'Art du tavillon

Introduction

C'est uniquement oralement et par la pratique que le tavillonneur transmet son savoir-faire ancestral sur les propriétés du bois, la manière de le fendre pour confectionner les bardeaux, et la technique extrêmement raffinée de mis en place des bardeaux sur la charpente.
Par m2 de toit, il faut près de 250 tavillons et le savoir-faire subtil du tavillonneur, maître dans l'art d'épouser les irrégularités d'un toit ancien, ce que la tôle ou l'Eternit rigide et sans âme interdisent.
Voici donc les aspects spécifiques du métier de tavillonneur, qui en font non seulement un art, mais aussi une entité réelle de notre patrimoine culturel.

Château de Moudon

 

La fabrication

Choix de l'arbre

  • On utilise les essences forestières disponibles sur place: sapin rouge ou épicéa dans les Préalpes, Jura et Plateau suisse; mélèze par exemple en Valais; châtaignier dans le centre de la France; cèdre rouge au Canada. On trouve aussi le chêne en France, mais plutôt au XVIIème siècle.
  • Seul le bois de première qualité répond aux exigences du tavillonneur. Un certain nombre de critères, comme l'observation, la connaissance des conditions forestières locales et l'intuition du tavillonneur sont à connaître. Le tavillonneur connaît les bons endroits, regarde pousser les arbres et transmet ses observations à celui qui lui succédera. Voici quelques critères:

    - Les écailles de l'écorce doivent être alignées
    - Un sapin dont les branches se dirigent contre le bas se prêtera mieux à la "fente"
    - On choisit de préférence les fonds de vallées, où les arbres ne sont pas soumis à l'action des vents
  • La fente

    • L'abattage des arbres, tout comme la fabrication, sont des travaux réservés à la mauvaise saison (environ depuis le mois de novembre), c'est à dire dès que la sève est descendue. Sinon le bois deviendrait noir. Un ouvrage en tavillons, ça ne s'improvise pas au dernier moment. Cela requiert de la part du client une décision préalable, car on ne peut pas recouper de bois après la saison de coupe.
    • Le tronc est coupé en morceaux à la longueur désirée, appelés "meule". Ceux-ci sont ensuite débités en quartiers appelés "moggias" en Gruyère, puis écorcés à la hache. Dans le cas des tavillons, on "tsappuge les moggias" (expression en patois gruérien), c'est à dire que l'on confectionne un chanfrein sur le bord supérieur du quartier qui se reportera sur chaque tavillon.
    • Les outils se résument au "fer à tavillons", sorte de lame en acier à tranchant large avec une poignée disposée à l'une des extrémités. On frappe sur cette lame avec une "mailloche" en bois. Le banc du tavillonneur consiste en une poutre solidement fixée dans laquelle une profonde rainure a été pratiquée dans le sens de la largeur.
    • Il y a deux techniques de fabrication: la première consiste à fendre le "moggia" en deux parties égales et à répéter l'opération jusqu'à l'obtention de tavillons de l'épaisseur désirée. La seconde technique dérive de la première: elle s'en différencie par un marquage préalable du "moggia" tous les quatre tavillons au moyen du "fer".
    • On ne coupe jamais la veine du bois sur la partie exposée aux intempéries. Seuls les tavillons fendus résisteront à l'usure du temps, l'eau s'écoulant sans pénétrer à l'intérieur du bois. Si on utilisait le sciage, l'eau ferait "pourrir" rapidement le bois.
      Sitôt fendus, les tavillons sont arrangés de manière à reconstituer les "moggias" d'origine, puis regroupés en paquets comme les "meules" d'origine, puis ficelés avec des fils de fer. Ces paquets sont ensuite rangés dans un endroit abrité, par exemple sous un avant-toit.
    • En cas de stockage prolongé, les tavillons sont trempés durant une journée dans un bassin rempli d'eau avant d'être utilisés, ceci afin d'éviter un éclatement lors du "clouage".
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    La pose

    La pose sur un toit

    • Le Gos ChablozEn Suisse, les tavillons se posent généralement à double recouvrement interligne (superposition des rangs) de 10 à 12 cm selon les tavillonneurs, et superposition horizontale de 5 cm environ. L'épaisseur de la couche comporte ainsi 12 tavillons superposés.
      Les planchettes de lambrissage ne doivent en aucun cas être jointives, mais ajourées, pour permettre une bonne ventilation et éviter ainsi le pourrissement.
    • On commence le travail de pose par le bas. Les tavillons de premier rang sont alignés au moyen d'une ficelle. On débute avec un rang de tavillons plus courts (environ 20 cm); la couche suivante, composée de tavillons normaux, recouvre entièrement la première. Ceci permet de doubler l'épaisseur du toit à l'endroit où l'usure due à l'eau de ruissellement est la plus importante. On continue l'alignement des rangs suivants avec la ficelle de départ, et on monte petit à petit le pan du toit. Quand on arrive au dessus, le "faîtage" peut être recouvert soit en arc de cercle, soit par une double couche de tavillons appuyée contre le dernier rang, du pan de toit opposé, dépassant le faîte.
    • Le marteau du tavillonneur, appelé "martelle", est particulier: le manche court, pour empêcher de se coincer les doigts, et est muni d'un "taillant". On pose généralement plusieurs tavillons avant de les clouer; le marteau est alors utilisé pour les retenir. Les clous sont contenus dans une boîte fixée à la ceinture.
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    La pose en façade

    Les tavillons sont cloués contre les planches non jointives, elles-mêmes fixées à des carrelets verticaux. L'air peut donc circuler librement derrière le revêtement, évitant la détérioration de celui-ci. Pour le dessus des façades, sous l'avant-toit, on peut faire des lignes arrondies pour finir de couvrir, ce qui est d'un bel effet. C'est surtout contre les façades que le tavillonneur donne libre cours à son sens esthétique: croisillons, soleils, arrondis, tavillons à découpe, lignes ondulées.

     

    Durée de vie
  • L'essence utilisée joue un rôle important. Par exemples les anseilles et tavillons de mélèze ont une durée de vie double de ceux en épicéa. Le châtaignier et le chêne, grâce à leur teneur élevé en tannin les protégeant contre la pourriture, durent encore plus longtemps.
  • La durée de vie est aussi fonction de la pente du toit. Pour l'épicéa, on peut donner une estimation de 40 à 50 ans pour les anseilles de toiture à faible pente, 60 à 70 ans pour les tavillons posés sur les toitures à pente plus importante, plus de 100 ans pour les revêtements de façades!
  • Il est faux de considérer le "grisage" du bois comme une altération, car il s'agit d'un processus normal qui fait d'ailleurs l'un des charmes du matériau. Les sels minéraux remontent à la surface du bois où ils forment une couche protectrice naturelle donnant une couleur grise au bois.
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