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Cette plage de six ans présente d'importantes lacunes. C'est
curieux si l'on songe à l'élan, et même aux quelques
réalisations "sauvages", qui avaient suivi le
grand succès de 1916. On ne connaît en effet que deux
éditions, présentant chacune leur problématique.
Commençons par celle qui ne permet aucune hésitation de
date.
* 1921 *
L'influence, ou la participation directe d'E. Reichlen n'est
pas du tout évidente dans cette réalisation. On retrouve un
trait empâté qui n'est pas dans sa manière, un Saint
Nicolas engoncé, même si son auréole empruntée à la
statuaire d'argent resplendit en harmonie avec la mitre; dans
le ciel, un angelot massif est maladroitement collé, comme
sur un biscaume. Ne nous étonnons donc pas que la carte soit
absente de l'album d'E. Reichlen. Cela n'empêche pas de
reconnaître au dessinateur inconnu un talent convenable.
L'édition est sans doute de nouveau une initiative
individuelle; l'on ne sait même pas si la vente a gardé le
but caritatif des débuts, ou si, comme ses devancières de
1917 et 1919, elle était surtout destinée à accompagner la
fête de saint Nicolas à l'Internat.
Et soudain, le style change! Sans nul doute, le trait
définitif est l'oeuvre du professeur E. Reichlen, même si
les premières esquisses et le thème du dessin remontent à
l'élève Jean Blanc. La scène restera dès lors ancrée dans
la réalité du cortège de Fribourg. Saint Nicolas franchit
sur les hauts de Lorette la limite communale, indiquée par la
borne héraldique marquée des trois tours.
L'âne, tout droit sorti de son pré, ne ressemble en rien à
ses prédécesseurs enrubannés, et dans les représentations
qui vont suivre on retrouvera fidèlement le même agreste
animal. En outre, le paysage est restitué avec une admirable
finesse et une exactitude de
topographe. On peut être assuré
qu'à cette époque, où le Pont de Zaehringen n'était pas
encore bétonné, les espaces verts de Fribourg étaient d'une
densité remarquable, au point que les quartiers semblent
enchâssés dans les arbres. Voyez la Tour Rouge au milieu des
frondaisons! Le style Reichlen, c'est aussi ce bout de pré
où les herbes ont le mouvement du vent, ce chemin où
quelques pavés sont esquissés, ces arbres d'hiver et les
rugosités de leur écorce permettant de distinguer un bouleau
d'un tilleul.
La date, en revanche, pose problème en raison de données
contradictoires ou trop vagues. Pour mon article dans MC 4/56,
E. Reichlen m'avait indiqué 1925, et c'est cette même année
qu'il a écrite au crayon quand il a daté les cartes dans son
album personnel. Si l'on applique le principe que l'auteur du
dessin est en 6e littéraire, l'année pour Jean Blanc serait
1920. Mais il arrive à E. Reichlen de se tromper quand il
inverse les cartes de 1937 et 1938, et d'autre part, la
logique de PS est prise en défaut en 1926, 1931 (2), 1933
(2). L'argument de 1925 permettrait d'établir la continuité
avec le bloc 1926-1955, qui présente une indéniable unité
de style. Mais il semble tout de même peu probable qu'E.
Reichlen ait utilisé en 1925 le dessin d'un élève qui avait
à ce moment-là quitté le Collège depuis 2 ans. Restons
donc approximatifs, et retenons la possibilité de 1920, 1921
ou 1922!
L'arrivée du céleste personnage par Lorette sera reprise
en 1933 par un grandiose dessin de la Porte fortifiée. Cet
itinéraire s'impose naturellement puisque le chemin passe par
les hauts d'où se révèle le quartier de la Cathédrale.
Bien plus tard, un cortège concurrent empruntera
épisodiquement ce tracé. Nous y reviendrons (voir
1942). |