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Miracles: toute l'histoire de Saint Nicolas est ancrée
dans le merveilleux. Il a ramené au port les marins surpris
par la tempête : ils l'ont choisi pour protecteur céleste.
Il a ressuscité les trois enfants mis à mort par le boucher:
il passe son Eternelle Béatitude à combler les enfants, en
essayant de les garder ou de les rendre sages.
Le dessin est très soigné, avec un Saint Nicolas majestueux,
au visage fin et racé, surpris en pleine action miraculeuse,
devant le baquet pudiquement recouvert d'un linge. Si l'on se
reporte à l'illustration 6 de la Légende, parue en 1917, des
analogies apparaissent dans le baquet, dans la hache du
boucher, instrument du crime, à quoi répond le geste dicté
par les paroles de la complainte . "Et le Saint étendit
trois doigts..."
Mais le décor est tout autre. Il
s'agit de transporter le miracle dans le nouveau contexte:
celui de la Fête à Fribourg. D'où le délicat paysage de
fond, qui, répétant l'allusion d'une carte précédente,
unit la Cathédrale au Collège St-Michel, dont les bâtiments
en entier sont représentés avec une exactitude
irréprochable. Pour obtenir cette perspective, il faut se
placer sur la rive droite de la Sarine, à la hauteur de la
Tour Rouge.
La chance veut que le verso de la carte nous fournisse des
renseignements intéressants. Tout d'abord, apparaît pour la
première fois la phrase "Le produit de la vente des
cartes sert à la distribution de Saint-Nicolas". Ce qui
signifie clairement que la publication est dès lors prise en
charge par le Comité d'organisation de 6e littéraire. M
Reichlen me disait que la mission de préparer chaque année
une carte vendue au profit de la Fête, lui avait été
personnellement confiée par M. le Recteur Hubert Savoy, en
1926. La date a toute son importance, et dès cette étape, la
situation de la collection se clarifie.
Et pourtant, PS p. 118, indiquent pour cette carte 1924, en
se basant sur le principe que Joseph Moullet est en 6e
littéraire cette année-là. Il faut cependant donner foi à
l'inscription, qui est de la main de M. l'abbé Pillonel, qui
deviendra en 1928 Préfet du Collège. On ne peut penser que,
impliqué dans l'organisation du cortège en tant que
professeur de classe en 6e littéraire, il se soit trompé de
deux ans quand il écrit "Carte-souvenir A(nno)
D(omini) 1926". Il y a donc deux indications importantes
qui permettent de soutenir ce classement. Ajoutons encore que
Joseph Moullet* est un très bon élève de E. Reichlen et
qu'il est resté assidu au cours de dessin facultatif jusqu'au
bout de son Collège. En 1926, il était en 2e philosophie,
soit en dernière année. Il n'est donc pas trop étonnant que
l'on ait fait appel à son talent : il faut croire que les
élèves de 6e littéraire n'avaient produit cette année-là aucun bon projet. Notre quasi-certitude dans ce cas
légitime aussi les doutes que nous avons émis sur la
datation de la carte de Jean Blanc et sur celle de l'activité
présumée de Joseph Richoz.
*Devenu par la suite le révérend Père Maurice,
Cordelier, il étudia l'histoire de l'art et devint Docteur en
cette branche. Il fut l'initiateur d'une première
restauration du Choeur de l'église des Cordeliers. Il fut
pendant de nombreuses années professeur d'esthétique au
Collège. |