INTRODUCTION

C'est ainsi que commence la traditionnelle Complainte qui rythme depuis toujours la solennelle démarche du cortège de la Saint-Nicolas à Fribourg. D'ailleurs, dans l'approche grise de ce premier samedi de décembre, les écoles ont déjà résonné aux accents de la vigoureuse chanson de l'Abbé Bovet :

C'est l'hiver, tout est glacé
Novembre est bientôt passé.
Entonnons un tra-le-ra-la-la,
Elle arrive la Saint-Nicolas ....

Simultanément apparaissent dans les rues, ou sur notre palier, de jeunes collégiens qui nous proposent d'acheter la carte de la Saint-Nicolas. C'est à cet humble témoignage artistique qu'est consacrée cette collection. Mais commençons d'abord par un bref

RAPPEL HISTORIQUE
Dès le Haut Moyen Âge, la liturgie avait accentué l'aspect théâtral des rites religieux chrétiens. La population dans son ensemble étant illettrée, il fallait trouver d'autres moyens que le texte pour instruire les fidèles et graver dans les esprits des attitudes conduisant à la prière. C'est ainsi que les vitraux racontent l'Évangile tout en laissant entrer la lumière sous les sombres voûtes de pierre. Ainsi, des scènes tirées des Saintes Écritures sont-elles jouées sur le parvis des cathédrales, et c'est la naissance du théâtre dans l'Occident chrétien. Ainsi encore, des cortèges de saints personnages étaient organisés pour préparer la célébration liturgique. Ils coïncidèrent rapidement avec des manifestations très laïques accompagnées de réjouissances populaires. C'est le cas à Fribourg du cortège des jeunes filles à la Sainte-Catherine (25 novembre) ou de la Marche à l'Étoile qui déroulait ses fastes militaires et ses astuces mécaniques sur la Place Notre-Dame à l'occasion de l'Épiphanie. C'est le cas aussi du Cortège de la Saint-Nicolas, qui sortit de la bien plus ancienne grande Foire du début de l'hiver, appelée fort justement "Foire aux étrennes". Habituelle à l'époque dans tout chef-lieu commerçant, elle ressemblait fort à ces " Marchés de Noël " que l'on fait revivre un peu partout de nos jours. La cohabitation d'une Foire et d'un saint cortège ne fut pas facile, les excès de l'une faisant du tort à l'autre. C'est ainsi qu'un édit du Petit Conseil de Fribourg, du 3 décembre 1764, frappa d'interdit toute céleste présence parmi les excès des ivrognes et les débordements moraux entraînés par les mouvements d'une foule commerçante en goguette ! Il fallut attendre 146 ans jusqu'au jour où ... [haut]

RENAISSANCE DE LA TRADITION
A l'approche de l'hiver 1906, un groupe d'étudiants du Collège Saint-Michel ressentit l'envie de faire revivre l'antique tradition. Ils se préparèrent dans le plus grand secret, pensant organiser une farce, et redoutant que la Direction du Collège ne la trouve pas à son goût. Contrairement à leur crainte, un immense succès couronna leur initiative. Comme ils étaient élèves de la sixième classe du Gymnase, appelée "Classe de rhétorique", cette classe-là fut traditionnellement, puis officiellement, chargée d'organiser la manifestation. [haut]

Pour le cinquantenaire de cette renaissance, le " Message du Collège " - dont j'étais alors le rédacteur- consacra à l'événement son Numéro 4/1956. On y trouve un important article de M. Joseph Jordan, professeur d'histoire, qui retrace dans le détail l'aventure en ses débuts. J'y signe également quelques pages, illustrées de nombreux clichés, qui constituent la première description (entachée de quelques erreurs) de la collection des cartes de la Saint-Nicolas. [haut]

"SAINT NICOLAS À LA CARTE"
Fin 1991, paraît aux Éditions de la Bibliothèque Cantonale de Fribourg un fort bel ouvrage intitulé "Saint Nicolas à la carte"*. Ses auteurs: Alex E. Pfingsttag, conservateur du patrimoine audiovisuel fribourgeois, Médiacentre de la Bibliothèque cantonale et universitaire de Fribourg, et mon ancien élève Jean Steinauer, journaliste. Ce livre constitue le guide, et souvent la référence, de la présente collection, que ce soit pour l'approuver ou la contester! Il donne une fine analyse de la thématique et fournit quelques indications sur l'historique de la série. Il met en évidence le lien entre le maître principal de dessin au Collège Saint-Michel et une relative unité de trois époques. D'où la distinction entre l ' "ère Reichlen", l'"ère Ruffieux" et l' "ère Bailly", du nom des trois professeurs concernés. Il faudra apporter quelques nuances à cette classification justifiée, surtout en ce qui concerne le démarrage des publications, où la réalité ne fut pas si simple.

Pour l'instant, disons simplement qu'Eugène Reichlen s'implique plus personnellement dans l'entreprise que ses successeurs: il est l'auteur de la plupart des dessins et les signe de ses initiales E.R. Il arrive cependant que des noms d'élèves figurent en signature. En réalité, le maître proposait le sujet au cours de dessin facultatif du jeudi matin; quand un projet est retenu, il trace lui-même la version définitive qui est remise à l'imprimeur. Ce scénario connaît quelques variantes, qui seront signalées à mesure qu'elles apparaîtront. E. Reichlen prend sa retraite en juillet 1956. A l'automne, la Rédaction du Message du Collège fait de la carte le sujet d'un concours ouvert à tous les élèves. L' article paru au numéro 4/1956 de cette revue en publie les résultats. Par la suite, les Professeurs Ruffieux et Bailly prendront en charge l'organisation du concours dans leurs classes. Il y eut certaines années plus de cent projets soumis au Jury. Il en résulte que la série "Reichlen" est, de loin, la plus homogène, tant pour le style que pour la thématique, ce qui la rend plus intéressante du strict point de vue du collectionneur. C'est d'ailleurs dans cette première période que des découvertes sont encore possibles, car nul ne connaît avec certitude la liste exacte des cartes publiées et vendues.
En effet, la seule source organisée consiste en deux albums où E. Reichlen a collé les cartes qu'il possédait; tous deux sont propriété des filles de l'artiste qui en ont cependant déposé un exemplaire au Media-Centre de la Bibliothèque cantonale. L'ouvrage de Pfingsttag et Steinauer, en reprenant strictement le contenu de ces albums, n'apporte aucune nouvelle pièce. Or il semble que, dans les premières années (soit jusque vers 1926) l'édition et la vente d'une carte ait été laissée à la libre initiative de chacun. Il apparaît très vite que les albums d'E. Reichlen, constitués tardivement, ne prétendent pas être complets, et que leurs datations suscitent parfois le doute. Ce qui est certain cependant, c'est que les cartes figurant dans les albums sortent bien de l' "atelier Reichlen". Comme j'ai choisi pour ma présentation l'ordre chronologique, j'essayerai au fur et à mesure de justifier ma classification et de signaler les acquisitions qui ne figurent pas dans les sources antérieures. [haut]

Givisiez, 6 décembre 1999. Louis Dietrich

 

* L'ouvrage "Saint Nicolas à la carte" est encore disponible. Il contient entre autres les images des cartes cartes officielles et d'un certain nombre de cartes non publiées ou censurées, des recettes de biscômes et de "Bischoff", des chansons de Saint-Nicolas, des extraits de la presse locale de 1906 à 1990 sur la fête de la Saint-Nicolas. Il peut être commandé à la Bibliothèque cantonale et universitaire, rue Joseph-Piller 2, 1700 Fribourg, tel. 0 26 305 13 72 ou par e-mail : PfingsttagA@fr.ch. Prix de Fr. 50.--


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